LETTRE AU SOLEIL

Cher Soleil,

Que deviens-tu ? On ne te voit plus. A force de roupiller dans tes oreillers de nuages, nos relations ont pris un coup de froid. C’est bien dommage. Pourtant, question chaleur, tu en connais un rayon.  Alors quoi, on fait la gueule ?  Si c’est le cas,  tu es raccord avec ce que je vois.  Ici, à Paris, tout le monde fait la gueule. Bien sur, cela n’est pas nouveau mais cela reste pénible. Ah,  Paris !  L’océan des dos voûtés, l’empire des cernes, le cimetière des clowns !  Ah, non, ici,  on ne danse pas sous la pluie. Personne ne crève les flaques d’un coup de semelle en rigolant.  Mieux vaut pas, d’ailleurs. La personne qui s’y risquerait se ferait  immédiatement embarqué. Vigipirate n’aime pas les comédies musicales.

Cher Soleil, cher vieux salaud, tu nous manques.  Et surtout aux  touristes.  Mets toi à leur place. Aller à Versailles et visiter la demeure du roi-soleil sous une pluie battante, cela frise l’arnaque,  le Code pénal.

Cher soleil,  tu as beau te planquer,  je te vois pourtant. Ou plutôt, je te devine. Tu es dans le ventre de l’amoureux qui va à son premier rendez-vous, tu es dans le litre de vin du clochard qui te boit à petites gorgées, tu es dans cette assiette fumante et parfumée d’une cuisine thaï. Mais bon, c’est autre chose.

Nous,  on préfèrerait te voir « pour de vrai », comme disent les enfants.

Bon, tu arrives ?

Bises

BOUDARD, LE NOIR ET LE BRAQUEMART

Super moment de bonne humeur sur le plateau d’Apostrophe. Alphonse Boudard est l’invité. Il présente son livre « Le banquet des léopards ».Tout à coup,  paf ! une panne électrique. L’émission est en direct. Va-t-on rendre l’antenne ? Du tout. L’écrivain poursuit son propos dans une rigolade générale. Que d’oxygène dans cette séquence !

LETTRE A LA MORT

Madame,

Le 29 avril 2015, vous m’avez pris la femme que j’aimais. C’était la mère de Jules, notre petit garçon. Il avait alors six ans. Avec sa maman, on devait se marier quelques semaines plus tard.

Tout était prêt, réservé, rêvé.

Pourquoi vous êtes vous intéressée à elle ? Était-ce vraiment une priorité dans votre agenda noir ? Allez, quoi,  rien ne pressait ! Je me demande  pourquoi le bonheur des autres vous est à ce point insupportable.  Il y a tant et tant d’ordures qui vous méritent, tant d’ignobles salopards dans votre salle d’attente ! Alors, pourquoi l’avoir choisi, elle ? Pour la joie méchante de rafler un ange ? Pour la satisfaction d’éteindre un sourire ?

Ah, Madame, votre  cruauté relève du génie. Vous avez la jouissance nazie. Vous faites vos ablutions avec nos  larmes. Vous vous bronzez au soleil froid de nos solitudes.  Vous êtes incohérente,  inattendue, puissante, salope en diable. Vous êtes le verso de l’amour, le fisc du bonheur.

Nous nous connaissons bien tous les deux.

Je vous ai aperçu en Afghanistan dans les cernes de ces femmes malades à l’hôpital de Kaboul, je vous ai reconnu à Fukushima,  où je faisais un reportage sur les enfants irradiés. Votre odeur acre et sucrée flottait dans les ruines de Boumerdès, en Algérie, après le tremblement de terre. 

En Erythrée, vous étiez la mouche bleue qui se promenait sur les visages de ces soldats foudroyés. Vos caresses glacées font tomber les cheveux des petits  malades à  l’Institut Gustave Roussi. Vous vous adaptez bien. Vous pouvez être rapide comme un chat.  Dites, entre vous, vous pourriez pas lever  le pied et passer aux 35 heures ?

Madame, si je vous écris c’est que le moral n’est pas terrible terrible. Cela doit vous faire plaisir.  Chez vous,  pas de petit profit.  Tristesse,  spleen, ennui font partie de votre famille.

Pourtant, malgré tout, cet après-midi, je vais me promener avec Jules. Sa petite main dans la mienne, nous partons visiter une exposition. Et si tout se passe bien, on devrait conclure la journée avec une glace et peut-être l’achat d’un paquet de cartes Pokémon (j’y laisse la moité de mon salaire dans ces trucs-là… ).

J’espère que notre bonheur vous emmerde.

Cette idée me fait du bien.  Et voyez vous, déjà,  je vais un peu mieux.

En attendant, vous comprendrez que je ne vous adresse pas mes sentiments les meilleurs.

Rien à vous

F.

JANET APRÈS LA DOUCHE

Bates Motel, douche, Janet Leigh, trois noms et tout le monde comprend. Il s’agit bien entendu de la séquence légendaire du meurtre sous la douche de Marion Crane (Janet Leigh) dans Psycho de tonton Hitchcock.

7 jours de tournage, 70 positions de caméra différentes pour un résultat inoubliable de 72 secondes . N’oublions pas la partition géniale de Bernard Herrmann et les bruits de couteaux qui pénètrent la chair mouillée. Il s’agissait, en fait,  des bruits d’une lame pénétrant un melon. Le sang  ? C’était du chocolat liquide ( marque Bosco). 

Recette fameuse qui a régalé les spectateurs du monde entier. Janet Leigh nous livre quelques secrets de cette scène étourdissante. Passionnant. 

LETTRE A LA JALOUSIE

Chère Jalousie,

Je vois vos ravages. Vous êtes partout. Dans la pupille du flic qui contrôle la bagnole de luxe, dans le sourire crispé du vieillard devant  la mariée, dans la moue boudeuse de l’enfant quand s’ouvrent les cadeaux. Ni frontière ni limite, ni apaisement !  Vous torturez l’homme qui cherche à savoir et la  femme qui veut comprendre. Vous habitez un point d’interrogation et vous parlez entre guillemets. Vous  brossez vos crocs au dentifrice du doute  et c’est pour cela que vous puez de la gueule.

Chère jalousie,  il y a bien longtemps nous avons couché ensemble. Je n’en garde pas un grand souvenir. Insistante, pénible, vous vous accrochiez à moi comme un mal de tête.  Au petit matin, miracle !  J’ai ouvert la fenêtre pour respirer. C’était fini. J’étais guéri.  Je vous ai laissé  dans votre liquide malsain et votre touffe douteuse.  On ne s’est plus jamais revu et c’est très bien ainsi. Un temps,  je me suis méprisé d’avoir été dans votre plumard.  Et puis la vie a continué. Je suis resté loin, bien loin de vos combines  infernales et de vos plans foireux.  Je m’en trouve, depuis,  parfaitement bien.  Vous êtes partie hameçonner d’autres âmes, perturber d’autres lucidités.   Et quand je vous vois vous goinfrer avec vos hamburgers de cœurs,  bien saignants,  je me dis que j’ai eu, tout compte fait, bien de la chance de croiser votre chemin. Cela m’a appris à vous reconnaitre.

Pour mieux vous éviter.

A jamais.

F.V.

 

ANAÏS NIN, LE DIABLE SANS CONFESSION

Une femme libre, courageuse et qui construisit sa vie comme un maçon sa maison. Chaque pan de mur, chaque fenêtre, chaque pièce est une émotion où l’on trouve un homme, une femme, parfois les deux.  Dans ce lieu, et donc dans sa vie toute entière, priorité est donnée à la sensualité et à  l’intelligence.

Avec Henry Miller (bien qu’elle s’en défende pendant cette interview, où elle affirme en souriant n’ être pas  l’héroïne de H.M. à Clichy), la communion semble avoir été parfaite. Relisons quelques passages. Anaïs évoque sa vie avec l’écrivain :

« Nous éclatons de rire. Nous nous allongeons ensemble et faisons l’amour, doucement, tendrement, nous nageons en plein amour, et pour la première fois, l’orgasme m’envahit par surprise, sans que j’y pense, presque paisiblement, comme une aube qui se lève lentement, un lent épanouissement né de l’abandon, de la décontraction, né du non-être. Aucun effort pour l’atteindre. Tombant comme la pluie, noyant l’esprit et le faisant fleurir.  (…)

« A la maison. Je suis de nouveau au paradis. Henry assis à mon bureau, se colletant avec Lawrence, fouillant dans des montages de notes, soupirant, fumant, jurant, tapant à la machine, buvant.
C’est si doux de rentrer à la maison pour y retrouver sa tendresse – ses mains toujours prêtes à caresser, même pendant qu’il parle de la signification de l’art, de la montée de la schizophrénie, de l’univers de la mort… »

Et puis il y a ce texte incroyablement fort, douloureux, disons-le : difficilement soutenable. Mais Anaïs Nin, n’en déplaise à l’univers,  et à Donald Trump (?) en particulier, est souveraine de sa vie. Elle a décidé d’ avorter. Elle s’adresse à cet enfant qui ne naîtra pas : 

« Je me suis assise dans le studio et j’ai parlé à mon enfant.
J’ai dit à mon enfant qu’il devrait se réjouir de ne pas être lâché dans ce monde où même les plus grandes joies sont teintées de souffrance, où nous sommes les esclaves des forces matérielles. Il a remué et m’a donné un coup de pied. Si plein d’énergie mon enfant, mon enfant à demi créé que je vais renvoyer au néant.
Renvoyer à l’obscurité, à l’inconscience, et au paradis du non-être.
Je t’ai connu ; j’ai vécu avec toi. Tu n’es que l’avenir. Tu es l’abdication.
Je vis au présent, avec des hommes qui sont plus près de la mort. Je veux des hommes, et non une future extension de moi-même, comme une branche. Mon tout petit, pas encore né, il fait très sombre dans la pièce où nous sommes assis tous les deux, certainement aussi sombre qu’à l’intérieur de moi où tu te trouves, mais il doit être plus doux pour toi de reposer dans ma chaleur que pour moi de rechercher dans cette pièce sombre la joie de ne pas savoir, de ne pas sentir de ne pas voir, la joie de rester calmement allongée dans cette chaleur et cette obscurité. Nous tous, à jamais condamnés à rechercher cette chaleur et cette obscurité, cette vie sans souffrance, cette vie sans angoisse, sans peur et sans solitude. Tu es impatient de vivre ; tu frappes de tes petits pieds, mon tout petit, pas encore né ; tu dois mourir.

Tu dois mourir avant de connaître la lumière, la souffrance et le froid. Tu dois mourir dans la chaleur et l’obscurité. Tu dois mourir parce que tu es sans père. »

FRANÇOIS TRUFFAUT

2 documents.

Pour Truffaut, Hitchcok fait l’autopsie de la fameuse scène de Notorious (Les enchainés). Et l’on apprend que c’est lors d’un voyage en train en France, regardant par la fenêtre, qu’Alfred a eu l’idée de cette scène magnifique..

Pourquoi ce long entretien qui donnera, in fine,  un livre parmi les plus intéressants sur le cinéma ?  Tout est venu de Truffaut qui a adressé, en avril 1962, une lettre au réalisateur installé aux Etats-Unis : «  »Cher monsieur Hitchcock…
Au cours de mes discussions avec des journalistes étrangers et surtout à New York, je me suis rendu compte que l’on se fait souvent une idée un peu superficielle de votre travail. D’autre part, la propagande que nous avons faite aux Cahiers du cinéma était excellente pour la France, mais inadéquate pour l’Amérique, car trop intellectuelle. Depuis que je fais de la mise en scène, mon admiration pour vous n’a point faibli, au contraire, elle s’est accrue et modifiée. J’ai vu cinq à six fois chacun de vos films, et je les regarde à présent davantage sous l’angle de la fabrication. Beaucoup de cinéastes ont l’amour du cinéma, mais vous, vous avez l’amour de la pellicule et c’est de cela que je voudrais parler avec vous. Je que vous m’accordiez un entretien au magnétophone qui se poursuivrait pendant une huitaine de jours et totaliserait une trentaine d’heures d’enregistrement, et cela dans le but d’en tirer non des articles, mais un livre entier qui serait publié simultanément à New York et à Paris, puis par la suite probablement un peu partout dans le monde. »

Quelques mois après la sortie des « Deux anglaises et le continent »,  en 1971, Truffaut évoque son parcours, les acteurs et l’importance du montage :

 

 

SPECIAL DAVID BOWIE

Aimable, disponible, on pourrait écrire apaisé, David Bowie répond aux nombreuses questions de Antoine de Caunes.  « Young américans ressemblait plus à un dessin animé. Maintenant, mon expérience de l’Amérique est plus mûre. J’ai une compréhension plus relax de la musique américaine. »

Bonus : une conférence de presse de Bowie à Bruxelles… et en musique  !