LES STONES A SCHAERBEEK, UNE FOIS

Formidable reportage de la chaine belge qui, le 27 mars 1966,  suit les Stones une journée durant, de leur arrivée à Schaerbeek  jusqu’au concert. Tout est là : les fans hystériques, la désinvolture de Keith Richards, la gueule d’ange de Brian Jones, l’air petit malin de Jagger,  le micro-trottoir amusé ou consterné des anonymes. On est frappé par la dynamique de ce sujet et sa formidable inventivité. Et c’était il y a 51 ans !

LETTRE A MARISA BERENSON

 

Chère Marisa Berenson,

je vous ai rencontré un dimanche après-midi, dans une salle de cinéma, en province.  Vous habitiez le 18ème siècle. Moi, j’habitais Pau. On a l’exotisme qu’on peut.

Qui dira le désoeuvrement  des ados le dimanche en province ? Les repas en famille puis les rues désertes, les boutiques closes, les heures qui comptent triple, la ville comme frappée de coma. On pourrait tuer quelqu’un pour échapper au silence et à l’ennui. On préfère tirer sur la clope.

Heureusement,  il y a le cinéma. Avec, à l’époque, ses jolies  ouvreuses et leurs  paniers de friandises puis le « grand film » comme un plat de résistance.  Barry Lyndon durait plus de deux heures trente. C’était parfait. Ce film sauvait mon après-midi.

L’honnêteté commande de vous dire que je ne connaissais rien de Kubrick. Par exemple, j’ignorais qu’il vous avait défendu de prendre des bains de soleil six mois avant le début du tournage pour préserver la pâleur de votre teint.  Je suis rentré dans ce cinéma comme d’autres prennent un antidépresseur. Avec l’espoir qu’il agisse vite. 

Le film commençait.

Et, ma foi, je trouvais que ce commencement durait bien longtemps. Bien sûr  la beauté des images, évidemment le charme des décors, la reconstitution historique et la sensualité des lumières. L’ado que j’étais trouvait tout cela bien foutu, mais long, très très long ! 

Tout à coup, paf ! Le choc ! Vous êtes apparue. Immédiatement, une explosion terrible. Elle démarra dans ma pupille et sa déflagration toucha le coeur. J’avais 15 ans. Vous en aviez 26. Et alors ? Je pensais, moi,  que c’était jouable. Comment en douter ? Vous  étiez une certitude, une évidence. Oui, c’était vous et rien que vous. Vous étiez celle que l’on cherche, que l’on attend, celle que l’on pleure et qui ruine notre sommeil. Près de vous, toutes les autres femmes étaient des figurantes, c’est le cas de le dire. A l’écran, vous regardiez votre partenaire. Non. On peut le dire maintenant, c’était moi que vous regardiez.  Tous les deux, on se parlait en silence. C’était délicieux.

 Chère Marisa, à  cet instant, figurez vous que je suis entré dans la pellicule du film. Oui, oui,  je vous le jure. Je me suis glissé dans Barry Lyndon ! J’ai respiré vos cheveux. J’ai lapé  le laitage de votre peau comme un matou . Et puis, tous les deux, nous avons.. enfin,  bref,  on se comprend.

Comme il se doit, j’ai méprisé Ryan O’Neal, votre mari à l’écran, avec son air de poulet grassouillet  qui cherche son grain. Beurk !

Ce jour-là, je suis tombé en amour comme disent les  québécois. Mais vous étiez inaccessible. Alors, je vous ai cherché longtemps, parmi d’autres filles et d’autres sourires mélancoliques. Un vrai con. J’étais persuadé que toutes les  femmes qui vous ressemblaient étaient de votre famille. En les approchant, je me rapprochais de vous. La méprise a duré bien longtemps.

Aujourd’hui, je suis tombé sur votre photo. Tomber est le verbe exact. Je me suis fait mal. Vous avez cédé aux mirages de la chirurgie plastique, une chirurgie qui décidément porte bien son nom. Votre bouche est une ventouse. Vos paupières fixes laissent bouger des yeux vides. Comme bien d’autres, vous refusez « les outrages du temps ». C’est votre droit mais c’est bien dommage aussi.  Saviez-vous que le bistouri surligne cruellement les années passées ? Cocteau disait que le cinéma filme la mort au travail. Il avait raison, le salaud. Les poètes, de fait,  ont toujours raison.

Chère Marisa, je garde au coeur la morsure d’un rendez-vous raté. Vous étiez un rêve. Et je donnerais tout pour vous retrouver, c’est à dire pour me rendormir.

FV

DAVID SERA TOUJOURS DAVID

 1983. David BOWIE, en pleine forme,  donne une conférence de presse à Londres à l’occasion de la présentation de son nouveau clip « Let’s Dance ».  Il est interrogé par des journalistes venus de toute l’Europe. Il évoque  ses différentes expériences sonores, parle de l’évolution de sa musique « Ma musique n’a plus ce côté « espace de glace.. ». L’air de rien, il balance quelques infos surprenantes. « Space Odity fut écrit et enregistré  en trois jours ». David Bowie ou l’élégance tranquille.

 

ALBERT COHEN : « Je rêve mes livres »

1970. Albert Cohen entrouvre son coeur à domicile. Dans cet entretien rythmé par les cigarettes, l’écrivain, l’oeil malicieux, le verbe précis, évoque son amitié avec Pagnol, une journée de travail, sa fascination lucide pour les femmes mais il refuse de parler de ses livres « Je ne parle pas des rapports intimes, se justifie-t-il. C’est un acte d’amour et l’on n’en parle pas, des actes d’amour… ». Entretien magnifique avec un immense monsieur.

JOHN CASSAVETES NOUS PARLE

1968. John Cassavetes est à Paris. Soucieux, presque grave, il  évoque les problèmes de production de ses films mais aussi le bonheur,  la ségrégation et le mode de vie des américains. Et l’on s’aperçoit, stupéfait,  que le temps  n’a pas émoussé l’incroyable pertinence de son propos : « Dans le monde entier, il y a une maladie qui consiste à croire que l’économie est une solution des problèmes quotidiens et que l’intellectualisme en est une autre… ».  Cassavetes est sans complaisance sur rien et surtout pas sur lui-même :  » Il faut se bagarrer tous les jours pour garder son équilibre mental et éviter de s’autocensurer  » A ses côtés, Gena Rowlands le dévore des yeux.  John est son mec.

1ère partie :

2ème partie =