LETTRE A LA MERDE

Chère merde,

vous êtes tellement partout qu’on ne vous distingue plus. A être si visible, vous voici devenue familière. Pour vous rendre acceptable, on a pris soin d’atténuer votre odeur. Selon les jours, votre omniprésence m’amuse ou m’accable. Toujours, elle m’étonne.

Chère salope, vous avez bien réussi votre coup. Vous avez envahi notre quotidien, colonisé notre vie. Votre joli sourire cachait des dents cariées. Tout est bon pour apaiser votre voracité  et satisfaire votre gueule puante.

A commencer par la politique. Elle barbote dans votre fange, la politique ! Scandales, corruption, sincérité intermittente, promesses moisies… La période des élections est une chiasse. Vous éclaboussez partout, tout le monde. Nous nous pinçons le nez. Et nous partons quand même voter.  Pour une de vos ordures. Qui représente l’intérêt général parmi ces candidats ? Qui l’a jamais représenté ? Léon Blum ? On me dit qu’il est mort. Je constate que son esprit ne lui a pas survécu. Merde !

Vous présidez. A de rares exceptions,  les « artistes » pataugent dans votre piscine d’excréments. Et nous plongeons. On nous prend pour des enfants gâtés. Nous l’acceptons. A coups de sucreries télévisuelles, de niaiseries cinématographiques. Insensiblement, nous  nous pixarisons en oubliant  de vivre. 

Jeux olympiques, Tour de France, air, bouffe, tout est truqué, frelaté, pollué, ignoble de tricherie. Nous le savons. Les journalistes, parfois, nous apportent les preuves de cette imposture. On s’en fout. On change de chaîne comme on change de pansement. Sans jamais soigner la plaie. Chère merde, à force de vous respirer, votre odeur est presque devenu un parfum.

L’amour n’échappe pas au carnage. Les sites de rencontre sont apparus. Aujourd’hui, d’un coup de pouce sur l’écran de nos smartphones,  nous « éliminons » tel ou tel profil. Supermarché de l’amour, grande surface de la baise. Voici les invendus de l’amour, l’écume de la solitude. Objectif jouir. Nous rotons nos promesses, nous expulsons nos flatulences de sentiments digérés. Merde, comment en est-on arrivé là ?

Chère merde, il nous reste l’Art et les créateurs de génie. Ils sont avec nous, pour nous et pour toujours. Ils sont les soleils de nos vies malades, de nos vies merdiques.

3 réponses sur “LETTRE A LA MERDE”

  1. N’est-ce pas également de la boue et de la fange que l’on nous fait prendre pour de « l’art » (ou du cochon)?
    Quand on voit toutes les daubes « d’art conceptuel » vendues à prix d’or par les collectionneurs et musées, je ne suis pas si sûre que l’artiste nul et vénal ne soit pas idolâtré et porté au pinacle de la gloire en étant simplement « ami de » (et sans aucun génie).

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