PIERRE AUGUSTE RENOIR

Images saisissantes de Renoir. Le peintre a alors 77 ans. Ses mains sont déformées par une polyarthrite rhumatoïde et sont bandées. Jean Renoir, son cinéaste de fils,  écrit : « « En 1912 la paralysie s’accentue.  Rayonnant malgré la douleur, et d’une effrayante maigreur, il voit en même temps son génie s’enhardir et son corps se pétrifier.  Ses mains recroquevillées ne peuvent plus rien saisir ; elles agrippent le pinceau plus qu’elles ne le tiennent. Sa peau est devenue tellement tendre que le contact du bois le blesse. Alors on lui met dans le creux de la main et entre les phalanges, un morceau de toile fine qui donne l’étrange impression qu’on lui a lié le pinceau à la main ».

Jean Renoir faisait venir presque chaque jour un nouveau médecin : « Ce dernier examinait Renoir, hochait la tête et déclarait que la science ignorait tout de cette forme de Rhumatismes « .

Sacha Guitry, génial, sait l’extraordinaire valeur de cet artiste. Il veut conserver une trace du grand monsieur. Il propose donc au peintre une séance de prise de vue. Renoir accepte. Voici ce document exceptionnel. Aux cotés du peintre, il ne s’agit pas de Jean Renoir, comme l’évoque Guitry, mais de son autre fils, Claude. Les jours de découragement, de spleen, il faut se souvenir de ces images-là. Renoir, qui souffrait le martyre, a peint jusqu’à la fin sans jamais se plaindre. A méditer.

Lettre à la publicité

 

Chère Publicité

Vous avez beau vous habiller  dans un pyjama d’humour,  être attirante comme la tentation, je vous trouve subtile comme un tank, envahissante comme la graisse, pénible comme une maladie vénérienne. Vous êtes la mycose de l’imagination,  chère madame, l’impasse du rêve. Votre boulot, on le sait, est de séduire. On vous trouve donc sur les trottoirs, à la télé, dans les journaux… Il manque à votre palmarès les cimetières. Mais je fais confiance à votre génie pour trouver, un jour, une parade. Oui, le moment viendra où vos logos seront collés sur les cercueils des chers disparus. Les hosties seront nutéllaïsées.  Dans le secret du confessionnal, on échangera l’aveu de nos turpitudes contre une fiole d’eau de javel. Pour bien nous laver de  nos pêchés.

En attendant, vous m’emmerdez.

Cette accoutumance au poison, osons le mot, à la mithridatisation que vous représentez,  est universelle. Vous êtes un cauchemar toujours aimable et souriant. La grue que vous êtes détourne Verdi pour nous vendre des serviettes hygiéniques et Mozart pour nous faire acheter du papier toilette. Tout est bon pour capter, pardon, pour rafler notre attention. Vous êtes ignoble et partout.

Je me souviens d’un reportage à Gaza il y a plusieurs années. Je tournais quelques images dans un marché minable. Il n’y avait pratiquement aucun produit à vendre. Quelques tomates, des pommes de terre et puis c’est tout. Les immeubles alentour, frappés par des obus, vérolés par des impacts de balles, ressemblaient à des chicots. Dans ce confetti de terre, terrible de dénuement, j’ai aperçu tout à coup dans l’oeil de ma caméra une publicité pour Pikachu et les Pokémons !  Alors, j’ai compris votre puissance. Votre pouvoir est tel que vous vous jouez des checkpoint. Chapeau, madame.

Voyez-vous, chère Publicité, ce qui nous sépare est précisément ce qui me rapproche de certaines personnes. Vous êtes censée provoquer une pulsion, un désir, un réflexe d’achat, comme une jolie femme est censée provoquer une érection chez un homme.  Chez vous, tout ce qui est gratuit, non monnayable,  est sans valeur. Je pense exactement le contraire. Je crois, moi, pauvre con, que ce qui est gratuit est précisément ce qui a de la valeur. Ainsi l’amour, l’amitié, la fraternité.  Et je ne crois pas être le seul à penser ainsi. Respirons. La vérole que vous êtes n’a pas contaminé tout le monde.

Pas encore.

CLAUDIA CARDINALE OU LES FORTUNES DE LA VERTU

Naturelle, aimable, honnête, intelligente, belle à faire bredouiller Dieu , Claudia Cardinale fait le point sur sa jeune carrière. L’actrice vient d’achever Le Guépard  avec Visconti. Déjà, à son actif, elle peut se flatter d’avoir été filmé par Fellini, De Broca, Monicelli, Abel Gance ! Mais Claudia Cardinale n’est pas une personne à se flatter. C’est une bosseuse, capable d’enchainer jusqu’à cinq films par an. La voici, troublante de simplicité, au point d’évoquer ses petits complexes de sa voix rauque..