Lettre à la publicité

 

Chère Publicité

Vous avez beau vous habiller  dans un pyjama d’humour,  être attirante comme la tentation, je vous trouve subtile comme un tank, envahissante comme la graisse, pénible comme une maladie vénérienne. Vous êtes la mycose de l’imagination,  chère madame, l’impasse du rêve. Votre boulot, on le sait, est de séduire. On vous trouve donc sur les trottoirs, à la télé, dans les journaux… Il manque à votre palmarès les cimetières. Mais je fais confiance à votre génie pour trouver, un jour, une parade. Oui, le moment viendra où vos logos seront collés sur les cercueils des chers disparus. Les hosties seront nutéllaïsées.  Dans le secret du confessionnal, on échangera l’aveu de nos turpitudes contre une fiole d’eau de javel. Pour bien nous laver de  nos pêchés.

En attendant, vous m’emmerdez.

Cette accoutumance au poison, osons le mot, à la mithridatisation que vous représentez,  est universelle. Vous êtes un cauchemar toujours aimable et souriant. La grue que vous êtes détourne Verdi pour nous vendre des serviettes hygiéniques et Mozart pour nous faire acheter du papier toilette. Tout est bon pour capter, pardon, pour rafler notre attention. Vous êtes ignoble et partout.

Je me souviens d’un reportage à Gaza il y a plusieurs années. Je tournais quelques images dans un marché minable. Il n’y avait pratiquement aucun produit à vendre. Quelques tomates, des pommes de terre et puis c’est tout. Les immeubles alentour, frappés par des obus, vérolés par des impacts de balles, ressemblaient à des chicots. Dans ce confetti de terre, terrible de dénuement, j’ai aperçu tout à coup dans l’oeil de ma caméra une publicité pour Pikachu et les Pokémons !  Alors, j’ai compris votre puissance. Votre pouvoir est tel que vous vous jouez des checkpoint. Chapeau, madame.

Voyez-vous, chère Publicité, ce qui nous sépare est précisément ce qui me rapproche de certaines personnes. Vous êtes censée provoquer une pulsion, un désir, un réflexe d’achat, comme une jolie femme est censée provoquer une érection chez un homme.  Chez vous, tout ce qui est gratuit, non monnayable,  est sans valeur. Je pense exactement le contraire. Je crois, moi, pauvre con, que ce qui est gratuit est précisément ce qui a de la valeur. Ainsi l’amour, l’amitié, la fraternité.  Et je ne crois pas être le seul à penser ainsi. Respirons. La vérole que vous êtes n’a pas contaminé tout le monde.

Pas encore.

Une pensée sur “Lettre à la publicité”

  1. Belle indignation.
    Ferré qui vante des sardines est insupportable. Mais il faut aussi gueuler contre son fils, dont le job, il me semble, est de valoriser l’héritage de son père.
    Et que dire des dégâts causés par la pub dans l’éducation musicale de nos enfants. Une sorte d’acculturation qui fait que, non seulement on détourne la musique pour vendre de la daube, mais qu’à force d’entendre ces publicités les gamins finissent par attribuer ces chefs-d’oeuvre musicaux aux produits promotionnés !
    Didier

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