Lettre au porno

Cher Porno,

Au papier glacé des vieilles revues cochonnes,  tu préfères depuis longtemps l’écran des ordinateurs. Adieu les pages soudées par l’émotion ! Adieu cet air de trafiquant de coke que nous avions, gamins, pour dégoter ces revues… où il n’y avait rien à lire.  Quelle galère ! Difficile à se procurer,  une fois obtenues, il nous fallait encore leur trouver des planques invraisemblables, bien à l’abri d’une perquisition parentale. Une mission impossible. On l’acceptait. Oui, on se procurait ce porno-là avec des précautions d’assassin, un air de conspirateur, des hochements de tête entendus.

Nous apprenions que la culpabilité est un merveilleux aphrodisiaque et qu’il existe une aristocratie de l’érection.

Les plus fauchés parmi nous trouvaient un ersatz de plaisir dans le catalogue de la Redoute, à la page des sous-vêtements.  Mais nous, avec ces revues-là dans les mains, et souvent dans une seule main,  nous faisions partie de la noblesse du désir. Salauds de pauvres !

Or donc,  bien à l’abri de toute visite intempestive,  nous tournions ces pages colorées dans un silence religieux. Les couvertures tenaient leurs promesses. Au fil des pages, une farandole de femmes nues.  Des visages souriants invitaient au grand voyage. Je me souviens de ces cuisses ouvertes avec, au bout du chemin de chair,  cette forêt noire, brune ou blonde. A cette époque, on l’aura deviné, le poil était roi.

Nous étions tous très émus.  Nous poursuivions notre exploration dans un silence de plus en plus oppressant. Ainsi révélé, le sexe féminin était comme un gâteau mystérieux, une île qui attendait son vaillant Robinson. Et je vous prie de croire, chère Porno,  que tout le monde voulait être Vendredi, tout le monde voulait la connaître la vie sauvage ! 

Comme l’indiquait la couverture, (j’allais écrire l’emballage), ces bonbons-là étaient réservés aux adultes.

C’était un autre temps.

Aujourd’hui, le porno se clique à domicile. Il se raccorde, il se fibre, il s’échange via des réseaux numériques dans le huis clos des sages appartements.  You Porn n’est pas la récréation des yeux. C’est le grand défouloir. Le noir aux yeux de la solitude. Bien entendu, tout cela est excitant mais moins que la vie, la vraie vie. Clémenceau prétendait que le meilleur en amour, c’est quand on monte les escaliers. Le Tigre mettait du baume au coeur !

 

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