ALPHONSE BOUDARD PAR LUI-MEME

Personnage truculent, écrivain éblouissant, homme rare, Alphonse Boudard s’est éteint le 14 janvier 2000 dans un hôpital, à Nice. J’ai appris sa mort, un samedi,  en achetant Le Monde. Un coup de poing. Je n’y crois pas. Et pourtant c’est vrai. Je lis et relis encore l’article.  Mon rêve, qui était de le rencontrer,  ne se réalisera donc pas. Je suis effondré. Boudard possédait un don magique, celui de faire rire, et rire aux éclats, en racontant  les horreurs de la vie. Cette non-rencontre est une leçon qui me restera : il faut dire aux gens qu’on les aime quand ils sont vivants. C’est important.

Sur son lit d’hôpital, Alphonse Boudard avait griffonné ces quelques lignes avant de mourir  : « Cette fois, c’est le palpitant qui me trahit, le salaud. Le malaise en plein voyage aérien, pour me rendre à Nice. J’ai eu droit à tout le cérémonial. Les brancardiers, l’ambulance et l’hosto. (…) De ma fenêtre, je vois une superbe rangée de cyprès, délicate attention pour envisager l’avenir. (…) Fort heureux, j’ai un roman assez guilleret qui va orner les vitrines des librairies au mois d’avril. Qu’il soit pas posthume, c’est tout le mal que je me souhaite. »

François Bot, journaliste au Monde,  écrira :  « Alphonse a inventé son propre langage, très savoureux, où les gauloiseries, les truculences et l’argot des voyous rencontrent la petite musique des nostalgies. (…) Boudard a réuni la plus belle collection d’escrocs, de truands, d’affreux et de pieds-nickelés. »

Et  moi,  qui relis régulièrement ses ouvrages  (La Métamorphose des cloportes, La Cerise, Bleubite, L’Hôpital, Cinoche, Les Combattants du petit bonheur, Le Corbillard de Jules, Le Banquet des léopards, Le Café du pauvre, L’Education d’Alphonse, Mourir d’enfance etc.)  je me dis que son oeuvre fait tellement de bien qu’elle devrait être remboursée par la Sécu.  Merci Alphonse !

ET ROMY SOURIT…

Ambiance complice un jour du mois de mai 1969, entre Romy Schneider et le journaliste de la  chaîne nationale belge. L’actrice vient de tourner dans « La Piscine », désormais un classique du cinéma. Mais, rebondissement ! L’interview, plutôt que d’évoquer ce dernier film et d’assurer le « service après vente »,  glisse aimablement sur Orson Welles et  l’importance de la préparation d’un rôle dans le métier d’acteur. Tout cela est spontané, simple, et d’une fraîcheur rare. Romy irradie.

Ah ! Comme nous sommes loin de certaines actrices « filles de », faussement humbles, satisfaites d’être elles-mêmes, hautaines jusque dans leurs soupirs et d’une niaiserie assumée. (Bon, ok, , je me lâche mais ce faisant,  j’ai l’impression de me rembourser … Marre des impostures…)

Romy nous manque, elle nous manque vraiment.

 

OCTAVE MIRBEAU, L’ENRAGE

De tous les amis intimes de Sacha Guitry, Octave Mirbeau occupe une place particulière, une place de choix. Sans doute Sacha est-il impressionné par le courage de cet homme passionné, ce pamphlétaire de choc,  véhément jusqu’à la violence, féroce à la limite de la cruauté.

Si Guitry est du champagne, Octave Mirbeau, lui, est un alcool fort. La séduction de Guitry relève de la caresse, celle de Mirbeau du poing dans la gueule.

Sacha aimait citer ce mot de Jules Renard au sujet d’Octave Mirbeau : « Mirbeau se lève triste et se couche furieux. »

Ce que Guitry confirme : « Et c’était vrai. Triste, il l’était à son réveil en pensant aux injustices qui allaient se commettre – furieux en se couchant, il l’était de ne pas les avoir toutes réparées. Il faut avouer d’ailleurs que cet état d’indignation dans lequel il vivait favorisait singulièrement ses éclats magnifiques. « .

Ecoutons aussi  l’écrivain Albert Adès évoquer ce maître de la véhémence :  » Tout ce qui pensait, tout ce qu’il aimait, tout ce qu’il voulait étant nouveau, il ne parvenait à l’imposer qu’à force de violenter l’esprit rétrograde qui s’opposait à lui ».

Merveilleux Mirbeau qui découvrit  Van Gogh, Gauguin et Camille Claudel. Il  signala leur génie à ses contemporains tristement moutonniers et incroyablement aveugles. Zola dira de lui qu’il est «  Le justicier qui a donné son cœur aux misérables et aux souffrants de ce monde ». Et, enfin, relisons « Le Journal d’une femme de chambre », « Les affaires sont les affaires », « Le jardin des supplices ». Ses mots incendiaires continuent de nous chauffer le coeur.