EDGAR DEGAS, LE CAPTEUR DE GRÂCE

Degas n’appréciait guère ses confrères et pas davantage le cinématographe naissant. Mais il aimait la photo puisqu’il s’acheta un appareil vers 1895. Nombre de spécialistes s’interrogent d’ailleurs sur l’influence réelle de cet objet sur ses compositions, jugées audacieuses, voire totalement novatrices. 

Depuis 1854, lors de son apprentissage à l’atelier de Louis Ernst Barrias, il ne jurait que par Ingres. Aux cours des Beaux-Arts, l’année suivante, il préférera la visite des musées. Saluons l’intelligence de son premier admirateur,  son père,  qui lui écrit : « Ton dessin est fort. Le ton de ta couleur est juste. Tu n’as plus  à te tourmenter, mon cher Edgar, tu es en excellente voie. Calme ton esprit et suis par un travail paisible mais soutenu et sans mollir ce sillon qui t’es ouvert. Il est à toi. Il n’est à personne. Travaille tranquillement en te maintenant dans cette voie ».

Degas ne peignait jamais sur commande mais au gré de son inspiration.

Ce que le peintre apprécie avant tout, c’est le mouvement. Ses modèles ne restent jamais assis sur une chaise. Il les fait bouger, recommencer le même geste. Les modèles se brossent donc les cheveux, se lavent etc. Mais Degas, capteur de grâce, ne fait rien. Ce n’est qu’ une fois le modèle parti qu’ il peut enfin se mettre au travail.   » Il faut refaire dix fois, cent fois le même sujet. Rien en art ne doit ressembler à un accident, même le mouvement » dit-il.

Ces images sont les seules de cet immense artiste. Quelques secondes volées au néant. Merci monsieur Guitry..

LETTRE A MON MIROIR

Cher Miroir,

Je trouve que tu réfléchis mal. 

Parfaitement.

Cela fait déjà quelques décennies que nous nous regardons de biais tous les deux. Eh bien,  permets moi de te dire qu’avec le temps,  ce que tu me montres est de  moins en moins aimable. Disons-le  :  je trouve que notre relation perd de son éclat.

 L’exact reflet  de ma pensée.  

Bientôt,  si tout cela persiste,  on ne pourra plus se voir en peinture. L’effet miroir sans doute. Quand je te fais la  grimace, tu me fais la gueule.

Pourtant,  j’avais confiance en toi. Enfant,  je t’aimais. Je t’aimais comme Narcisse, comme Macron quand il s’observe dans les sondages, comme Hollande, quand il se serre la main le matin.

Miroir,  mon beau miroir,  que s’ est-il passé ? Tous les deux,  on jouait au jeu de l’égo. Le bon temps. N’était-ce  qu’un leurre ?  Une photo truquée ? Aujourd’hui,  quand je regarde ma vie dans le rétroviseur, quand je me souviens de l’ado que j’étais avec son rire bête et sa peau criblée  de framboises,  je me dis que j’aurais dû me méfier.

Oui, ta franchise un peu vache  aurait dû m’alerter ! Car au fil des années, tu es devenu cruel.  La preuve  :  j’ai beau me regarder,  je ne me reconnais presque plus. Incroyable. Aujourd’hui est le demain qui m’inquiétait hier. Mes yeux n’ont pas vraiment changé,  mais le reste ?  Mes traits se sont cassés la gueule. Les parenthèses sous chacune de mes narines se sont creusées. Les rides de mon front  ressemblent à des ornières. Le temps s’y est enlisé. Et les plissements près des paupières, ces petits traits  qui signent l’humeur…

 Au début,  ces mignons coquins ne faisaient que squatter. Maintenant, ces mêmes plissements ont  élu domicile.  Ils ne partiront plus. La trêve hivernale  va durer toute l’année pour le reste de ma vie.

Cher miroir, arrêtons le massacre, arrêtons de nous voir.  Restons en là.  Cela vaut mieux.  C’est préférable.  De nous,  gardons le meilleur… puisque  le pire arrive.