LETTRE A MON MIROIR

Cher Miroir,

Je trouve que tu réfléchis mal. 

Parfaitement.

Cela fait déjà quelques décennies que nous nous regardons de biais tous les deux. Eh bien,  permets moi de te dire qu’avec le temps,  ce que tu me montres est de  moins en moins aimable. Disons-le  :  je trouve que notre relation perd de son éclat.

 L’exact reflet  de ma pensée.  

Bientôt,  si tout cela persiste,  on ne pourra plus se voir en peinture. L’effet miroir sans doute. Quand je te fais la  grimace, tu me fais la gueule.

Pourtant,  j’avais confiance en toi. Enfant,  je t’aimais. Je t’aimais comme Narcisse, comme Macron quand il s’observe dans les sondages, comme Hollande, quand il se serre la main le matin.

Miroir,  mon beau miroir,  que s’ est-il passé ? Tous les deux,  on jouait au jeu de l’égo. Le bon temps. N’était-ce  qu’un leurre ?  Une photo truquée ? Aujourd’hui,  quand je regarde ma vie dans le rétroviseur, quand je me souviens de l’ado que j’étais avec son rire bête et sa peau criblée  de framboises,  je me dis que j’aurais dû me méfier.

Oui, ta franchise un peu vache  aurait dû m’alerter ! Car au fil des années, tu es devenu cruel.  La preuve  :  j’ai beau me regarder,  je ne me reconnais presque plus. Incroyable. Aujourd’hui est le demain qui m’inquiétait hier. Mes yeux n’ont pas vraiment changé,  mais le reste ?  Mes traits se sont cassés la gueule. Les parenthèses sous chacune de mes narines se sont creusées. Les rides de mon front  ressemblent à des ornières. Le temps s’y est enlisé. Et les plissements près des paupières, ces petits traits  qui signent l’humeur…

 Au début,  ces mignons coquins ne faisaient que squatter. Maintenant, ces mêmes plissements ont  élu domicile.  Ils ne partiront plus. La trêve hivernale  va durer toute l’année pour le reste de ma vie.

Cher miroir, arrêtons le massacre, arrêtons de nous voir.  Restons en là.  Cela vaut mieux.  C’est préférable.  De nous,  gardons le meilleur… puisque  le pire arrive.

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