ANAÏS NIN, LE DIABLE SANS CONFESSION

Une femme libre, courageuse et qui construisit sa vie comme un maçon sa maison. Chaque pan de mur, chaque fenêtre, chaque pièce est une émotion où l’on trouve un homme, une femme, parfois les deux.  Dans ce lieu, et donc dans sa vie toute entière, priorité est donnée à la sensualité et à  l’intelligence.

Avec Henry Miller (bien qu’elle s’en défende pendant cette interview, où elle affirme en souriant n’ être pas  l’héroïne de H.M. à Clichy), la communion semble avoir été parfaite. Relisons quelques passages. Anaïs évoque sa vie avec l’écrivain :

« Nous éclatons de rire. Nous nous allongeons ensemble et faisons l’amour, doucement, tendrement, nous nageons en plein amour, et pour la première fois, l’orgasme m’envahit par surprise, sans que j’y pense, presque paisiblement, comme une aube qui se lève lentement, un lent épanouissement né de l’abandon, de la décontraction, né du non-être. Aucun effort pour l’atteindre. Tombant comme la pluie, noyant l’esprit et le faisant fleurir.  (…)

« A la maison. Je suis de nouveau au paradis. Henry assis à mon bureau, se colletant avec Lawrence, fouillant dans des montages de notes, soupirant, fumant, jurant, tapant à la machine, buvant.
C’est si doux de rentrer à la maison pour y retrouver sa tendresse – ses mains toujours prêtes à caresser, même pendant qu’il parle de la signification de l’art, de la montée de la schizophrénie, de l’univers de la mort… »

Et puis il y a ce texte incroyablement fort, douloureux, disons-le : difficilement soutenable. Mais Anaïs Nin, n’en déplaise à l’univers,  et à Donald Trump (?) en particulier, est souveraine de sa vie. Elle a décidé d’ avorter. Elle s’adresse à cet enfant qui ne naîtra pas : 

« Je me suis assise dans le studio et j’ai parlé à mon enfant.
J’ai dit à mon enfant qu’il devrait se réjouir de ne pas être lâché dans ce monde où même les plus grandes joies sont teintées de souffrance, où nous sommes les esclaves des forces matérielles. Il a remué et m’a donné un coup de pied. Si plein d’énergie mon enfant, mon enfant à demi créé que je vais renvoyer au néant.
Renvoyer à l’obscurité, à l’inconscience, et au paradis du non-être.
Je t’ai connu ; j’ai vécu avec toi. Tu n’es que l’avenir. Tu es l’abdication.
Je vis au présent, avec des hommes qui sont plus près de la mort. Je veux des hommes, et non une future extension de moi-même, comme une branche. Mon tout petit, pas encore né, il fait très sombre dans la pièce où nous sommes assis tous les deux, certainement aussi sombre qu’à l’intérieur de moi où tu te trouves, mais il doit être plus doux pour toi de reposer dans ma chaleur que pour moi de rechercher dans cette pièce sombre la joie de ne pas savoir, de ne pas sentir de ne pas voir, la joie de rester calmement allongée dans cette chaleur et cette obscurité. Nous tous, à jamais condamnés à rechercher cette chaleur et cette obscurité, cette vie sans souffrance, cette vie sans angoisse, sans peur et sans solitude. Tu es impatient de vivre ; tu frappes de tes petits pieds, mon tout petit, pas encore né ; tu dois mourir.

Tu dois mourir avant de connaître la lumière, la souffrance et le froid. Tu dois mourir dans la chaleur et l’obscurité. Tu dois mourir parce que tu es sans père. »

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