LETTRE A LA JALOUSIE

Chère Jalousie,

Je vois vos ravages. Vous êtes partout. Dans la pupille du flic qui contrôle la bagnole de luxe, dans le sourire crispé du vieillard devant  la mariée, dans la moue boudeuse de l’enfant quand s’ouvrent les cadeaux. Ni frontière ni limite, ni apaisement !  Vous torturez l’homme qui cherche à savoir et la  femme qui veut comprendre. Vous habitez un point d’interrogation et vous parlez entre guillemets. Vous  brossez vos crocs au dentifrice du doute  et c’est pour cela que vous puez de la gueule.

Chère jalousie,  il y a bien longtemps nous avons couché ensemble. Je n’en garde pas un grand souvenir. Insistante, pénible, vous vous accrochiez à moi comme un mal de tête.  Au petit matin, miracle !  J’ai ouvert la fenêtre pour respirer. C’était fini. J’étais guéri.  Je vous ai laissé  dans votre liquide malsain et votre touffe douteuse.  On ne s’est plus jamais revu et c’est très bien ainsi. Un temps,  je me suis méprisé d’avoir été dans votre plumard.  Et puis la vie a continué. Je suis resté loin, bien loin de vos combines  infernales et de vos plans foireux.  Je m’en trouve, depuis,  parfaitement bien.  Vous êtes partie hameçonner d’autres âmes, perturber d’autres lucidités.   Et quand je vous vois vous goinfrer avec vos hamburgers de cœurs,  bien saignants,  je me dis que j’ai eu, tout compte fait, bien de la chance de croiser votre chemin. Cela m’a appris à vous reconnaitre.

Pour mieux vous éviter.

A jamais.

F.V.

 

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