LETTRE POUR DEMAIN

Cher Demain,

ne sachant pas de quoi tu seras fait, je prends les devants. Et je t’écris donc aujourd’hui. D’ailleurs, aujourd’hui, n’est-ce pas le demain qui nous inquiétait hier ?

Mais, demain justement, il y a quoi au programme ? On verra bien ! Ne pas tout prévoir, oxygéner son agenda, c’est le sourire du point d’interrogation, la petite friandise de la vie.  Je voudrais flâner un peu, m’égarer encore, aimer toujours. Le bonheur est un travail à plein temps. C’est une école buissonnière où les meilleurs élèves sont souvent de terribles cancres.

Ça me va.

Cher demain,  c’est certain, je respirerai les cheveux encore mouillés des passantes,  j’irai m’asseoir dans un café pour déguster la mauvaise grâce des garçons tout en lapant mon jus, je resterai songeur sur les yeux cernés des adolescentes et m’immergerai, encore et toujours,  dans cette mauvaise humeur parisienne qui glisse sur moi comme l’eau sur une bagnole. Avec un peu de chance, je ne rencontrerai personne et personne ne me tapotera sur l’épaule pour me demander quelque chose. Je serai l’anonyme parfait, le gus peinardos, celui qui flotte parmi ses semblables comme un légume dans un potage. Et une bouche de métro m’avalera.

Cher demain, il me reste tant de livres à découvrir, tant d’artistes à frémir, tant   de nuits chaudes à tapisser de blanc que c’est fantastique. Se parfumer de l’odeur de l’autre et rester ainsi, une journée durant, à se respirer soi-même pour mieux frissonner de l’étreinte passée.
Mais bon, calmons nous.
On pourrait nous lire.

Au fait, demain, c’est quand ?

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