CAVANNA OU LA CARESSE DÉCAPANTE

Cavanna préférait le coup de poing à la caresse, fut-elle décapante. Il privilégiait la saillie grossière à la jolie phrase ciselée. Pas de sous-entendu aimable avec Cavanna. Ses mots étaient des gifles. Elles chauffaient  la joue des hypocrites, des bigots et des « assis ». Pendant des décennies, il a collectionné les procès comme d’autres les honneurs. Avec rage. Ses opinions, qui  juraient avec la frilosité de ses contemporains, massaient le cœur des anarchistes, ses vrais frères. Ils l’ont  suivi  fidèlement au mépris des modes et des courants littéraires.

Pour le meilleur et pour le rire.

Jusqu’au bout, Cavanna aura gardé l’énergie du « Non ! ». Impossible de le caser dans un tiroir ou de l’étouffer avec des honneurs. Il avait le verbe haut et l’indignation généreuse. Il tempêtait comme un enfant à qui on aurait menti sur la qualité des jouets de la vie. Relisons sa profession de foi paru pour le numéro 1  de Hara-Kiri en 1960 :  « Assez d’être traités en enfants arriérés ou en petits vieux vicieux ! Assez de niaiseries, assez d’érotisme par procuration, assez de ragots de garçon coiffeur, assez de sadisme pour pantouflards, assez de snobisme pour gardeuses de vaches, assez de cancans d’alcôve pour crétins masturbateurs, assez, assez ! Secouons-nous, bon Dieu ! Crachons dans le strip-tease à la camomille, tirons sur la nappe et envoyons promener le brouet fadasse. Du jeune, crénom ! Du vrai jeune ! Au diable les « nouvelles vagues » pour fils à papa, les « new look » aussi éculés que ceux qu’ils prétendent chasser ! Hara-Kiri ! Hara-Kiri ! Vivent les colporteurs, marquise, et vive leurs joyeux bouquins ! Nous sommes les petits gars qui veulent leur place au soleil. NOUS NE SOMMES À PERSONNE ET PERSONNE NE NOUS A. »
Ça décoiffe, pas vrai ?

Il nous manque terriblement…

3 réponses sur “CAVANNA OU LA CARESSE DÉCAPANTE”

  1. Mon « rital » préféré 😊
    J’aime à l’imaginer dans ses vagues de nuages, entouré de ses comparses de toujours Cabu ❤ & Wolinsky ❤, la moustache en bataille, le poing levé avec cette belle lueur dans ses yeux noisettes …
    Florence

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