LETTRE AUX LUCIOLES

Chères Lucioles,

l’une de vous vient de se poser sur mon coeur. Sa lumière me fait du bien. Grâce à elle,  je vois la nuit en couleur. Et c’est délicieux.

Une luciole à Paris, quelle aventure !

Je me dis que si plus tard  sa famille devait taper l’incrust’ chez moi, nous ringardiserions EDF avec toutes ces lumières réunies.  Sans parler des économies. Et puis, attention,  la belle image, aussi !  Lire un poème éclairé par des lucioles, qui dit mieux ?

Reste une question.

Comment cette luciole a-t-elle pu atterrir chez moi ? Vraiment, la demoiselle est inattendue.  Un don du désert. Je la garde et la regarde. C’est délicat, une luciole. Si vous parlez trop fort ou si vous avez un geste déplacé, un comportement brusque, fpruiiiit ! elle s’envole comme un songe. Peut-être un jour me parlera-t-elle. Elle m’expliquera son mode d’emploi. Peut-être.

Une luciole,  ce n’est pas une bête à bon Dieu, (la place est déjà prise) mais c’est peut être un pou échappé de la chevelure de Dieu. Qui sait ? Ah, tiens, au fait, ça mange quoi une luciole ? Un cheeseburger ? Un gramme de ténèbre ? Ça boit quoi ? Une goutte de voie lactée ?

Ne sais pas.

Chères lucioles, quand j’étais enfant,  vos ballets lumineux entre copines me terrifiaient. On aurait dît des âmes indécises.  Aujourd’hui, depuis que l’une de vous s’est posée sur mon cœur, je vois plus clair. Non, vous n’êtes pas des insectes. Je sais ce que vous êtes. Vous êtes des postillons de lumière quand la vie éternue.