LETTRE AUX ANONYMES

Chers Anonymes, je vous écris une lettre qui ne l’est pas. Nous nous croisons chaque jour, sur les réseaux sociaux… et asociaux. Vous êtes la tapisserie de la vie. Rarement,  la pâtisserie de l’envie.

J’aime bien vos cernes, vos airs épuisés et votre mauvaise humeur chronique. Elle est prête à jaillir comme un chien, quand il est dressé à l’attaque. D’ailleurs,  vous aboyez souvent. Pour un rien, pour exister, pour faire chier.  Dans cette symphonie triste du quotidien,  cet océan de dos courbés,  vos dissonances  vous unissent.  C’est la grande messe des mines accablées, des rêves qui se sont réveillés et, peut-être,  des amours envolés. On dirait qu’à Paris un sourire se mérite et qu’être heureux fait de vous une cible.

Chers anonymes, vous êtes revenus de tout sans jamais être partis nulle part. Vous devriez quitter Paris. Le mauvais air ne vous vaut rien. Quand j’ai pris  le métro, le jour de mon arrivée dans la capitale, j’ai dit « bonjour » comme on le fait en province quand on monte dans le bus. Quels regards, alors ! J’ai tout de suite  compris. Je me suis assis en silence, parmi d’autres anonymes. En quelques secondes, j’étais devenu parisien !

Chers anonymes, cette lettre est courte. Je n’ai rien d’autre  à vous dire. Je vous souhaite d’être amoureux et de promener un jour le soleil dans vos pupilles.

Quand ce jour arrivera,  vous ne serez plus des anonymes  mais des gens heureux.

 

2 réponses sur “LETTRE AUX ANONYMES”

  1. Moi qui fréquente assidûment l’hôpital depuis 3 ans et notamment le Centre Léon Berard, je porte un regard semblable au votre lorsque je me rends dans un autre hôpital que ce dernier. Au CLB l’empathie est de mise, tout le personnel (de l’agent de service à l’oncologue de réputation mondiale) se fend d’un sourire, d’un bonjour, d’un regard chaleureux à la croisée des couloirs.
    Cette chaleur, ces signes de reconnaissance quand vous êtes au plus mal avec votre petit crâne de piaf tout nu, sont justes nécessaires, emplis d’humanité.
    Aussi ai-je pris l’habitude de faire de même quelque soit l’endroit où je me rends et tant pis s’il n’y a pas beaucoup d’écho à mes marques d’attention.
    En général les gens détournent la tête, gênés, coincés dans un mutisme profond, ancrés dans leur course en solitaire. Mais, parfois, au bout de plusieurs essais je décroche la lune : un regard amusé, un sourire, un signe de tête, de reconnaissance… Et ma journée s’éclaire 😊
    Merci d’être comme vous êtes : généreux, sensible, profondément humain.
    Florence

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