LETTRE A L’HUMOUR

Cher Humour,

Tu es une invention de l’homme. Dieu ne rit pas. Les bêtes non plus. Tu es le lubrifiant qui atténue les grincements de la vie. Ton pyjama noir est mon préféré. Tu n’es certainement pas « la politesse du désespoir ».  Chris Marker,  l’auteur de cet aphorisme (et non Boris Vian comme on le croit souvent), se trompait. Tu es, bien au contraire, l’élégance  de l’espoir, l’invitation au voyage, le ciment sucré de la complicité.

Je crois que les gens sans humour sont des radins du sentiment, des besogneux de l’ amour. Ils promènent leur morgue comme les escargots leur coquille. En bavant sur la vie.

L’autodérision est la forme supérieure de l’humour. Très peu de gens ont des  dispositions pour la pratiquer. Dommage. Topor, à perpétuité,  était sans concession avec lui-même : “Ma corbeille à papiers me ressemble autant que mes livres.” grinçait-il.

Cher humour,  tes victimes, disons-le,  ce sont  les autres, toujours les autres,  et souvent les femmes.    « Il y a deux ans que je n’ai pas parlé a ma femme, c’était pour ne pas l’interrompre«  notait Jules Renard. Le même, au sujet d’un confrère prétentieux : « C’était un écrivain célèbre l’année dernière ! ». Ravageur.

Au 19ème siècle, un auteur, mécontent d’un directeur de théâtre,  lui écrit. Il   conclu ainsi sa lettre : « Sachez, cher Monsieur, que si un jour mon chemin croise le vôtre, je n’hésiterai à vous foutre mon pied au cul ! » Le Directeur lui répond aussitôt : « Cher Monsieur, j’ai bien reçu votre lettre. Je l’ai mis en contact avec la partie concernée. »

Bref,  je t’aime.