LETTRE AUX SOUVENIRS

Chers Souvenirs,

Vous surgissez comme des coquillages après le retrait de la vague. Dans cette mousse blanche, cette écume de la mémoire,  vous êtes luisants et doux. Vous apparaissez au gré d’ une hiérarchie un peu mystérieuse dans le grand bordel émotionnel .

Chers souvenirs, je dois fermer les yeux pour vous distinguer. 

Et qu’est-ce que je vois ?  Des sourires de femmes comme des pétales, le rire de Jules, la porte du Boeing qui s’ouvre sur Beyrouth, des flocons de neige sur la Seine, un Taliban qui pointe son arme sur moi, un café brûlant à Chicoutimi, un brouillard de hash au Pakistan, un orage au Pays-Basque, l’accueil de Stéphan Hessel, le sourire de Mandela, le conseil de Doisneau, l’étreinte de Léo Ferré, mes larmes qui explosent  après un trop plein de bonheur, la voix tant attendue au téléphone, des cadeaux bizarres  pour la fête des pères, l’amour qui saute dans vos bras et picore furieusement votre visage de baisers, le regard ému des gens qui mattent  la scène, la voix de Maupassant qui sort d’un chapitre, le premier « oui »,  une robe qui glisse comme un soupir, le gargouillis mignon d’un ventre adoré, l’alignement des biberons dans le frigo comme des obus blancs, le regard dévasté de Romy dans « L’important c’est d’aimer », la caresse d’un bourgogne, la framboise d’un sein, une eau glacée qui brûle vos entrailles..     Et pas un mauvais souvenir  ? Non. Ils n’existent pas.

Un choix

 

2 réponses sur “LETTRE AUX SOUVENIRS”

  1. Merci Frantz… tellement de résonance… sommes le fruit d’une même époque ou d’une génération formatée par le meilleur… l’espoir d’une résonance mémorielle, qui nous fait vivre et revivre encore et encore…

Laisser un commentaire