LETTRE A L’ÉGOÏSME

Cher Égoïsme,

Nous allons nous marier tous les deux. Un miroir sera notre unique témoin. La cérémonie promet d’être courte : « Oui, j’accepte de me prendre comme époux ».

Une simple prière bénira cette union  :

« Notre Père qui es aux cieux,
que mon nom soit sanctifié,
que mon règne vienne,
que ma volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-moi aujourd’hui le pain de ce jour.
Ne pardonne pas mes offenses,
comme je ne pardonne pas  à ceux qui m’ont offensé.
Soumets-moi à la tentation,
Et, surtout,  ne me délivre pas du Mal.

Car c’est à moi qu’appartiennent 
le règne la puissance et la gloire,
Aux siècles des siècles.
Amène-toi ! »

En attendant,  cher égoïsme, il faut m’aider à passer certaines épreuves.

Étape numéro un : arriver à me séduire.  Pas fastoche. Mais les premiers efforts sont encourageants :  je me  recroqueville, ne répond plus au téléphone et des tsunamis de mails restent sans réponse. L’urgence, c’est moi, moa, moa ! Un crapaud qui se marre dans l’étang.

Je dois dire que  cette auto-bienveillance repose mes traits et lisse mes humeurs.  Un vrai lifting de radin.  Comment ai-je pu m’absenter si longtemps de moi-même ?  A trop chercher les autres, je me suis égaré.  Je faisais du camping dans une impasse. Terminé. Il faut choisir un nouvel itinéraire et s’y rendre en voiture monoplace. Ne pas oublier, auparavant, de casser les rétroviseurs. On perd sa vie à se rappeler et un égoïste conjugue toujours son existence à la première personne. La règle du je.

Cher égoïsme, déjà, tu voudras bien noter certains progrès. Chaque matin, je  me félicite de me lever.  Je vais bientôt  macérer dans la vanité comme un confit dans sa graisse.

Qui dira le bonheur d’être un gros con ?

lI s’agit désormais de centrifuger les bruits du monde pour mieux les expulser dans un bâillement. Au tribunal du jeu social, je m’acquitte  des problèmes des autres, je me dépollue des emmerdements d’autrui. Tout cela, finalement, est très confortable. Ma conscience est morte. Je revendique l’inconscience, qui fait très bien l’affaire.  Je suis un douanier du quotidien qui laisse tout passer. Me voici devenu un rentier de l’indifférence.

Ah, si tout cela pouvait être vrai…

Une pensée sur “LETTRE A L’ÉGOÏSME”

  1. si cela était vrai …seriez -vous fréquentable pour vous -même , et vous aimeriez -vous au point de ne pas trouver étrange que , une auréole vienne à se poser sur le dessus de votre crâne , berceau de ce nouveau- né , de vous- même accouché … pour vous tout seul ?… « que Satan me pardonne …!  » 🙂

Laisser un commentaire