LETTRE A MON CHAT

Je caresse ta robe noire. Ronronnements discrets. Puis, tu me congédies d’un regard. Tu es libre de mes mouvements.  Parfois, tu te lances dans une course folle  puis tu t’arrêtes subitement :  tu as failli entrer en collision avec un fantôme.  Et tu repars.

C’est fou ce que tu roupilles ! A rendre jaloux un sénateur. Tes yeux mi-clos sont comme un rideau de théâtre sur notre vie. Ta langue est rapeuse comme le crépis d’un mur. Es-tu  câline ? Oui.  Particulièrement quand tu as faim.  Tu avales tout. Un aspirateur à croquettes. Un cimetière à crevettes. Tes crottes sont longues. Elles ne sentent rien. Comme une chanson de variété.

Je te sais en colère quand  ta pupille est dilatée. Ta queue, alors,  bat la mesure.  C’est le métronome de ton agacement.  Alerte générale. Caresses s’abstenir. Tes petites dents aigües sont autant d’aiguilles. Pourquoi risquer un fait divers ?

Quand tu fais ta toilette, la patte en l’air et la tête enfouie dans ton derrière, on dirait que tu joues du violoncelle. Tu es douce comme un savon et propre comme lui. Par chance, tu ne miaules jamais. On se regarde vivre tous les deux. Et je crois qu’on s’aime bien. Mes jours de grosse voix, tu te planques sous le lit. Et tu me reviens après l’orage de décibels et mon averse de conneries. Tu es noire comme la nuit. Une tache de lune s’est posée sur ton poitrail. Tu es belle comme l’innocence.

Nous nous sommes rencontrés à la SPA. Tu tenais dans mon poing. Une petite boule chaude, deux oreilles-triangle et un regard, ah ! dis-donc, quel regard ! A faire douter le diable. La bénévole m’a dit qu’on t’avait trouvé aux abords d’une forêt. Elle t’avait surnommée « Chance ». Chez moi, tu es devenue Mouchette, Mouche, ou, plus simplement, le Chat. Le jour de la stérilisation, je t’ai laissé chez la véto avec une mauvaise conscience proche de la culpabilité. Tu ne seras jamais maman.  Il parait que c’est pour ton bien. Je fais en sorte que ta vie soit chouette. Et le petit Jules t’aime par dessus tout.

« Cache ta vie comme le chat cache sa crotte » recommande un proverbe égyptien. Pas évident.

La preuve.

10 réponses sur “LETTRE A MON CHAT”

  1. Votre éloge du Chat fait un juste et bel écho à mes vécus et souvenirs.
    A la fois éclairés et douloureux, parce que j’ai eu deux chats, dont la double disparition en un an, m’est irremplaçable.
    Pourtant prendre le temps de bien regarder son chat console de bien des hommes.

  2. Au Burkina, les Mossi, qui ne savent pas prononcer les « s », appellent les chats « Mouche » pour Mousse en dioula. La chatte sauvage qui avait décidé de faire ses petits dans mon armoire s’appelait donc Mouche. Elle a disparu peu après avoir mis au monde 5 petits chatons. Je les ai tous donné, sauf le plus moche. Mouchmouchon, fils de Mouche.
    Il a fallu quelques mois avant que je n’apprenne que Mouchmouchon était une mouchmouchonne.
    Quand j’ai déménagé pour la Côte d’Ivoire il lui fallut un « passeport », je me souviendrai toujours de la tête du véto quand je lui ai dit que le nom de ma petite chatte était « Mouchmouchonne Pompey »…

  3. C’est exquis !! parce que c’est drôle et moi j’aime ça ! sourire de la finesse des mots . Je me dis que finalement les mots qu’on offre à l’autre , si on l’aime ; comme  » le chat » , pardon je m’égare; lui le chat n’est pas le dernier à s’égarer : ( je rebondis ! chat alors !! ) — sur un pied de lampadaire ce n’est pas rare … il est écrit  » perdu petit chat gris , pas farouche , un numéro de téléphone « . Le chat de la maison , en Bretagne , on l’appelait  » le chat  » de toutes façons , le chat parle chat et se fout bien de comment il s’appelle…. donc quand tout va ; quand les croquettes ont satisfait un appétit qu’il a grand …et souvent … il a faim , souvent ; aussi c’est à ce moment là qu’il se fait câlin et le caresser … c’est presque obligatoire ; pour être tout à fait honnête ( le plaisir est partagé ), il vient se frotter contre tes mollets , ronronne comme un bébé qui dort . Un chat qui ronronne moi ça me fait rire parce que parfois c ‘est vraiment du boucan … lui dis pas ça!! surtout pas !! , le pense même pas!! , sensible , sensitif plus qu’un chat y’a pas , et il aura vite fait de planter ses quenottes de félin là où il a décidé de les planter : AÏE !! arrête Félix !!! c’est mon nouveau chat , « le comment  » il s’appelle c’est pas vraiment de ma faute : « Félix le chat  » ben oui !! c’est le chat de la maison des Thermopyles , une star ,il figure en cartes postales à la librairie « des tropiques » quand même !! Il n’est pas souvent à la maison , il vit en chat , cette rue là le lui permet , d’ailleurs quand j’ai déménagé pour ici , on m’a dit tu vas habiter « la rue des chats  » mais tout fout le camp , les chiens ont remplacé les chats , ça , quelquefois c’est chiant , vaut mieux un chat ronronnant , qu’un chien aboyeur … Pas vrai ? –

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