LETTRE AU SUICIDE

Cher Suicide,

Tu ne me veux aucun mal. D’ailleurs, je te considère comme un ami.  Lorsqu’ils parlent de toi,  les médiums préfèrent l’expression :  » départ volontaire ».  C’est plus juste en effet. Tu es séduisant comme une fenêtre entrouverte et disponible comme une arme tiède.  LE rendez vous avec toi n’est  ni un acte de vaincu, ni la capitulation du courage ni l’orgasme du désespoir.  C’est un choix. Tout simplement.

Au poker de la vie, tu es notre dernier joker. Oui, c’est plutôt cela. Tu es la dernière carte d’un jeu que l’on a pas choisi. Et si la mort est un visage, alors tu es son rouge à lèvre. Un jour nous mordrons peut-être dans ta chair cerise. Le filet de sang qui coulera de nos lèvres sera ta signature.

A chacun son mode d’emploi.

L’ inconsolable se noie dans une piscine de larmes,  le romantique bouffe et s’étouffe avec ses lettres d’amour, l’agriculteur ingurgite sa soupe aux pesticides, l’alpiniste choisit sa corde, l’écrivain son dernier mot.

Un fameux médecin légiste m’a appris ce qu’était un « raptus anxieux » . Il s’agit  « d’une impulsion subite et violente qui pousse à commettre un geste immédiat et imprévu, conscient mais incontrôlable, irrésistible, quasi involontaire, incompréhensible pour les proches. » Et il y a son cousin, le « raptus suicidaire ». On le trouve  chez les personnes dépressives. Celui-là, le coquin,  « se traduit par une envie de suicide impérieuse et incontrôlable où la personne agit comme un robot pour  mettre fin à ses jours ».

Bon.

Par chance, je n’ai pas rencontré de « raptus suicidaire » dans mon existence. Moi, je veux vivre.

C’est d’ailleurs ma dernière volonté.

 

 

 

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