LETTRE AUX POMMES

Chère Pomme,

tu es belle à croquer.  A moins d’être tarte, vraiment, on ne peut que t’aimer. Tant pis pour les pépins.  N’y pensons pas. Tu es craquante et  j’te croque.  Midi, minuit, même émotion.  J’aime te mordre, laper ta salive, avaler tes postillons sucrés. Ma langue te fouille doucement, s’attarde sur tes reliefs intimes. Le plaisir est un pays sans passeport. On y vient à pied. On se frappe pas.  Ceux qui vivent là ont trouvé la clé.  Peuplé de cheveux blonds, d’un grand lit et de musique, bref,  tu l’as compris, je t’aime à tomber dedans, je veux dire à tomber dans les pommes.

Je t’aime jusqu’au trognon.

Mais à trop t’aimer,  je deviens une vraie poire. Un sujet de pièce de théâtre,  un logiciel en compote, un job pour Steve !

Quand j’étais enfant, à la cantine, on nous servait des pommes « Golden », ces pommes couleur urine avec des taches de rousseur. Une abomination. De la farine sucrée. Du plâtre pour nos jeunes estomacs. On se recrachait les pépins à la gueule avec un rythme Kalachnikov. Joie d’être con ! Il arrivait que des audacieux fassent  le pari de manger plusieurs « Golden » d’un coup, queue comprise ! Suspense. Quand ces ventres-goinfres y parvenaient, le pari était perdu, outragé, brisé, martyrisé ! 

Et notre stock de billes fondait comme beurre au soleil.

Mais il y a un Diable pour les mauvais joueurs. Et parfois, la vengeance était naturelle. Ces athlètes de la mandibule étaient soudainement pris de violents maux d’estomac. Les voici bientôt pliés en deux, destination toilettes. Pari libéré !

On se disait : « Bien fait pour eux ! « .  En les imaginant expulser leur compote fermentée, beau Danube beige, sourire douloureux et traits crispés, on avait  l’impression de se rembourser. Nous étions de sales gosses, à peine hauts comme trois pommes.

Cher toi,  je te dois  un joli souvenir,  une émotion plus intime, plus troublante, plus « pomme d’amour ». Il y avait un taxi. Mais non, stop, j’arrête. Cela ne regarde personne.

Ce souvenir-là,  c’est pour ma pomme.

 

3 réponses sur “LETTRE AUX POMMES”

  1. Pom pom pom pom 🎶🎵🎶🎵
    Avec une pomme on peut tout faire, même accompagner divinement un boudin 😊. ..
    Dans la cour de l’école on prenait la pomme par la queue en la faisant tourner sur elle même en récitant l’alphabet. Lorsqu’elle se détachait du fruit, la dernière lettre épelée donnait l’heureux indice du futur amoureux (j’t’ai dans la peau..mme)…
    C’était heureux et joli de relier ton texte à la chanson de Maxime 😊… Merci ❤
    Florence

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