LETTRE AUX SATISFAITS

Chers Satisfaits,

Vous êtes des myopes au  sourire entendu. Votre  assurance sur la vie, ce sont vos certitudes. Elles vous tiennent chaud au cœur comme une carte bancaire dans un portefeuille. Millionnaires en lieux communs, vous n’êtes jamais à découvert d’une sentence, d’une affirmation ou d’un ricanement. Vous SAVEZ.  Vous êtes Dieu.  Les autres sont des cons. Au mieux, des apôtres.  Tout ce qui ne vous ressemble pas vous encombre. Cela fait du monde.

Vous hésitez toujours entre deux certitudes. Les anxieux vous amusent avant de  vous agacer. Vous les congédiez d’un haussement d’épaule. Le flottement, le doute et  l’embarras vous sont étrangers. Votre langue  est tapissée d’idées reçues et vous vous roulez  des pelles à longueur de journée. D’ailleurs,  dès le petit matin vous vous faites l’amour : au sortir du lit, à la première gorgée de café, au nouveau flash info, au premier clodo aperçu.  Le malheur n’existe pas. Vous en êtes la preuve vivante.

Vous êtes satisfaits comme un facho dans l’isoloir, comme un buveur de bière à Munich.

Votre existence  ressemble à ces pavillons de banlieue. Confortables et semblables à tous les autres. Vous portez haut le triomphe du barbecue le week-end. A l’Opéra, vous préférez l’apéro. C’est votre droit. Mais nous baillons dans vos chips. Vos pistaches nous sortent par les yeux…et ailleurs.  Chez vous, le bien est l’ennemi du mieux. Vous avez le verbe anémié et la métaphore qui débande.  Vous barbotez dans la piscine du lieu commun. Vous bronzez au soleil des certitudes.  Bref, vous puez terriblement.

Chers Satisfaits, vous méritez un quintal de baffes et autant de fessées. Heureusement, la vie, la vraie vie, se charge de fissurer votre armure.  Et, parmi vos semblables, tant pis si les plus obstinés ne changent pas de lunettes, tant pis s’ils continuent de se prendre pour Dieu.

Ils ont tort.

Dieu a horreur de la concurrence.

 

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