LETTRE A MON FILS

Mon grand petit bonhomme,

Détourne toi des écrans, de la télé, du cinoche. La vraie vie est dans la rue, dans un lit, dans un cri. Fais ce que tu aimes, tu le feras bien. Réduis au maximum tout ce qui t’encombre et te gêne. Honore le plaisir. Il te le rendra toujours. Sois heureux seul ou avec les autres ou malgré les autres. Mais sois heureux. Les gens qui prêchent la souffrance comme une étape nécessaire pour atteindre le bonheur sont des imbéciles. Ou des mystiques. Tourne les talons. Apprends à surfer sur les vallées de larmes sans boire la tasse.

N’oublie jamais qu’il n’y a pas de jours fériés pour la connerie.

Suis qui tu aimes et que ceux qui t’aiment te suivent. Laisse les autres, tous les autres, les tristes, les cyniques, les graves, croupir dans leur flaque de pus. Réduis autant que possible les devoirs et  les obligations. Ils te pompent l’oxygène. Le temps, ce n’est pas de l’argent. Le temps, c’est de la vie.  Éloigne-toi des tièdes, si nombreux. Les tièdes sont la nuit sur le monde. Ils veulent que tu leur ressembles, que tu sois éteint comme ils le sont eux-mêmes, entre le journal de 20h et leur petit caca libérateur, passeport  d’une nuit tranquille. A eux les rêves. A toi la vie !

Laisse aux communs les lieux communs et  aux cervelles vides les idées reçues. Les clichés sont des points de ralliement. Ne te rallie pas. Sors du nombre, fous le camp, dégage de cette médiocrité. Crois-moi, il n’y a aucun mystère dans le sourire de la Joconde et peu de sensualité dans le déhanché de Marylin. Les vieux ne sont pas tous respectables et peu de femmes méritent un poème.

Le commerce des hommes est un commerce, précisément. Avec eux, ne sois pas trop souvent à découvert. Tu prendrais froid. Tu te rendrais malade. Entre une visite à ton père devenu vieux et un rendez amoureux, choisis toujours l’amour.  Tant pis pour le vieux.

Ne sois pas cynique ou, si tu l’es, vas-y mollo. Le cynisme est un poison sucré. Les cyniques piétinent l’amour et c’est pourquoi ils font du sur-place. Seul l’amour peut te soustraire à la pesanteur terrestre (tout cela est évident mais parfois, tu verras, l’évidence nous échappe…).

Si tu es changeant, léger, inconstant, abats tes cartes. Dis-le. Dis ce que tu es. Simplement. Sans fierté particulière  mais sans gêne non plus. Si tu es romantique, prouve-le. Si tu t’ennuies, ouvre un livre.  Plein d’amis sortiront des pages. Enfin, essaie d’être heureux sans faire de la peine à quelqu’un.

C’est très difficile.

Mais cela vaut le coup.

Papa.