LETTRE A PATRICK ULLMANN

 

Cher Patrick,

j’espère que tu ne liras pas cette lettre.  Question de pudeur. On parle assez peu tous les deux. On se comprend en silence.  Tu es un artiste époustouflant et un monsieur complexe, tourmenté et timide. Trente ans durant, tu as été LE  photographe officiel de l’Olympia. Sous ton objectif, toutes les stars de la scène ont défilé. De Jacques Brel à Liza Minnelli, de Léo Ferré à James Brown ! Ton talent,  immense,  a été de saisir la seconde magnifique, celle qui fait qu’une photo passe à la postérité, cette antichambre de l’éternité.

Tu as été un capteur d’âmes. Plusieurs dizaines de milliers de clichés plus tard, te voici devenu, ( arrête, s’il te plait,  de lever les yeux au ciel )  le Nadar de la scène française. Un jour, peut-être, un historien évoquera ce que fut cette période artistique française qui va de 1960 à 2000. Et le bonhomme, c’est obligé,  puisera dans ton œuvre. Dans ces portraits et ces instants volés à l’oubli et donc à la mort.  Et il découvrira, le veinard,  que ces négatifs ne sont pas des pierres tombales de celluloïd mais des émotions dormantes. Et un frisson majeur,  un de ces frissons particuliers qui vous indique que le moment est unique, s’emparera de lui. Il sifflera d’un air admiratif et dira  : « Eh ben dis-donc, Ullmann… »

En attendant, c’est un peu le bordel. Il y a quelque temps, voulant avoir des nouvelles sur un paiement de droit d’auteur en souffrance, tu as téléphoné au comptable d’une importante maison de disque.  Cela concernait la sortie d’un coffret de CD de Barbara (Je profite de ce moment pour préciser que  tu étais très proche de la « dame en noir »…).  A l’autre bout du fil, le comptable t’a demandé d’un ton courroucé : « Barbara, Barbara, mais Barbara qui ?« .  Et tu as raccroché, un peu déboussolé. L’ignorance  a des limites, surtout lorsque l’on travaille dans une maison de disque. C’est ainsi. Comme disait l’autre : « Au secours, ils sont devenus fous mais ils restent cons. »

Cher Patrick, pour ce documentaire que je réalise sur toi et ton travail, tu m’as donné une grosse centaine d’images.  

Merci pour ce bouquet de frissons. 

Tu me parles de ton enfance  (tout de même, entre nous, quelle idée, hein, de s’appeler Ullmann et de naître en 1942 à Vichy… ). Pour moi, à chaque tournage, tu déverrouilles le grenier de ta mémoire.  Et je me dis à chaque fois que j’ai bien de la chance de te connaître.

A demain, Patrick, à demain mon ami.

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