LETTRE A L’IMAGINATION

Chère Imagination,

vous êtes le visa des départs immobiles, la guillotine des tabous, la morphine de la réalité. Avec vous, tout est possible : Eve se tape Adam, Jésus partouze les bras en croix, les naturistes enfilent des pyjamas, Hitler est prof aux Beaux-Arts et Bernadette Chirac,  la coquine,  rejoint De Gaulle dans sa chambre. Les joueurs de foot jouent à la marelle, la télévision ferme ses paupières,  les flics dégainent leurs pistolets à bouchon.

Je rêve d’un réveil-matin pour réveiller les morts, d’un père-fouettard pour fouetter les cauchemars. Une tapisserie en couleur pour colorier les nuits blanches.

Chère Imagination, avec toi,  j’improvise un amour magnifique. Durable comme le développement, magique comme un corps qui acquiesce. Je bois la mer qui chatouille mes pieds.

Les femmes ne maquillent plus leurs sentiments et les types jouent à la poupée. Je gifle Dieu de toutes mes forces et je le force à se mettre au boulot. Tout devient cristallin et pur comme l’urine des bébés.

Les orphelins jouent au sept familles et les chats bouffent des croquettes à l’homme. Les clodos se font des rails de caviar. Picsou ouvre sa piscine de blé à tout le monde et chacun, enfin, mange à sa faim.

Mozart vient chercher ses droits d’auteur et Maupassant sa pénicilline. Saint-Ex ne jure que par le train et Camus choisit l’avion. J’arrache les paratonnerres dans le cœur des gens pour favoriser les coups de foudre.

Les carrossiers défroissent les âmes  et les dentistes détartrent les dents des poules. Les députés bivouaquent à Pôle-Emploi et les ouvriers à l’Assemblée.  Avec la voie lactée, les étoiles fabriquent du beurre.

J’imagine aussi des parapluies quand il pleut des compliments et l’éternité pour enterrer les regrets. J’invente un lave-vaisselle pour laver les consciences et des épilateurs pour épiler les zhérissons. Tout devient possible. Je jette des phrases-graines  sur ce blog. Les voici qui  germent dans la tête des gens. Et des sourires fleurissent en bouquet, prêts à être cueillis.

Chère imagination, tu ignores la grève.  Tu ne comptes jamais tes heures sup’.

Je t’aime.

3 réponses sur “LETTRE A L’IMAGINATION”

  1. Comme vous avez raison Frantz, moi aussi je l’aime tant cette imagination. Dès ma tendre enfance, elle m’était si vitale , me donnait une telle liberté qui me portait jusque dans mes rêves …
    Je me souviens de cette enfance
    de ce coeur pur qui danse et s’élance
    ces heures tendres et heureuses prises au lasso
    de peur qu’elles ne fuient vers un autre berceau
    je vivais dans mon jardin intérieur gardé par un condor
    habité de mille roses prêtes à éclore et d’une mandragore
    mes nuits fleurissaient de plus d’un nuage obscur
    Les paupières closes, Je partais vers cette autre aventure
    Je me voyais léviter au dessus de mon lit,
    voler , embrasser la lune qui en a tant pâli
    jusqu’au pays des gnomes et des fées, je volais et lisais dans les coeurs
    m’opposais à des forces maléfiques puis revenais vainqueur
    À mille lieux de ce monde-ci, je puisais ma force dans mes rêves
    et cultivais cet imaginaire si flamboyant sans trêve.
    Sortie du creux du songe, mon tout jeune ennui nourri
    ma nuit faisait son chemin, pansait mes matins gris …

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