LETTRE A L’ACCENT

Cher accent,

tu habillais ma voix comme un pyjama léger. …. une voix modelée avec l’accent du Sud-Ouest.

Quand vous arrivez à Paris, les gens vous écoutent en souriant. Vous avez une carte d’identité dans la gorge, une plaque minéralogique accrochée aux cordes vocales. Vous n’êtes pas phonétiquement correct. Mais ça ne déplaît pas.  Vous provoquez parfois un petit sourire entendu.  Votre accent rappelle un bon moment, un soleil à midi, une table en terrasse…

Ça, ce sont les premiers temps. Vous demandez une « chocolatine » pour un « pain au chocolat ». Pas grave. Vous avez droit à un crédit à la compréhension. 

Il faut en profiter. 

Il ne dure pas.  

Selon l’entourage, la tolérance à l’accent est plus ou moins élastique. Quand vous parlez dans « les milieux favorisés », quels regards on vous jette ! C’est le massacre chez les barons du verbe, les notaires de la virgule, le haut le cœur chez les parigots têtes-de-veaux, têtes-de-chiens, têtes de cons… qui sont parfois vos collègues.  Vous comprenez que votre accent vous marque géographiquement, c’est entendu,  mais aussi socialement. Vous êtes un Rastignac à la petite semaine, un imposteur du Bescherelle. Les choses sont d’abord les chôses. Idem pour les rôses. Et merde !

Cet  accent du Sud-Ouest vous désigne.  Bientôt,  il vous trahit. Vous dites : « Je suis allé avé lui  au cinéma » et un  jour,  vous percevez  l’air navré de votre interlocuteur.  On ne vous prend jamais au sérieux.

Le temps fait son travail.

Et, à force de mimétisme et d’attention, vous parvenez à dresser cet accent, comme on le fait avec un petit animal. Vous savez la gomme qui efface la rature vocale.  Et l’on vous écoute enfin. Le petit sourire disparaît. Alors vous percevez un truc inouï  : TOUT LE MONDE A UN ACCENT. Et vous vous rendez compte que le moins agréable des accents est sans conteste l’accent parisien. Il s’agit d’un accent qui ne chante pas. Il est double. Dans les milieux populaires, il traîne.  Comme une vieille savate qui se prendrait pour une chaussure.  Chez les rentiers, l’accent parisien est pointu, turlututu, chapeau pointu… et trous du cul !

Il est grave, comme on dit aujourd’hui.

 

 

7 réponses sur “LETTRE A L’ACCENT”

  1. j’avais pochon pour sachet ben ça fallait l’expliquer ce pochon  » à la bretonne  » … le beurre sans sel dans ma bouche ben de saveur il n’en avait pas , le demi-sel est encore aujourd’hui le plus souvent sur mes tartines ; quant à l’accent parigot vite il est arrivé quand au téléphone il n’était plus que celui de ma famille restée en Finistère : mazet foutu accent mais c’est si bon .

  2. c’est très intéressant , et craquant , l’humour même grinçant me fait craquer. Merci Frantz Vaillant .
    Ici en Bretagne , semble-t-il nous tapons , nous frappons les consonnes , les pauvres !!
    Nous accrochons tout et surtout les « pr » les « cr » ,
    le « r » de granit, le « r » de roc, de rocher résiste autant dans nos landes que dans notre langue .
    Notre voix a notre âge, notre histoire, notre région
    A bientôt
    Sylviane ,

    1. Toujours lá forme, Frantz……excellent. Et puis …..tout à fait vrai . Merci pour des éclats de rire si bienvenus et chaqu fois plus précieux ……( ….et ,en plus , j’ ai découvert comment répondre à un blogger. Un fait remarquable ,pour moi….ah ah ah ah ah ah ……) ………

      Ooooooooops ! ( j’ ai parlé un peu trop tôt ….il y a plein de cases à remplir ,en bas. :(((((((( ZUT !!!!! )

  3. Bonjour, je suis un peu vexée par votre « lettre à l’accent », moi, La parisienne avec ma gouaille de titi, je vous trouve bien dur à notre égard, Je l’adore l’accent du sud, je ne m’en lasse pas de cette accent qui chante, et je connais quelques autres parisiens qui sont tout autant ravis que moi de l’entendre.
    Sincèrement
    Une enfant de Paname

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