LETTRE AUX SEINS

 

Vous êtes poires, pommes, pamplemousses. A votre sommet,  le sourire d’une framboise ou une myrtille noyée dans une  mini-flaque caramel.  

Chers seins, 

que vous soyez humbles, lourds ou prétentieux,  vous êtes la récréation des yeux, de la bouche et des mains. Vous êtes un visa pour l’abandon, le premier ciel du plaisir.

Votre pouvoir est immense. Vous hypnotisez.  Vous ensorcelez. Vous faites bégayer le timide qui  devient subitement idiot . Roland Topor expliquait votre succès auprès des hommes « en souvenir du premier bon repas qu’ils ont fait dans leur vie« .

Mais vous êtes fragiles.

Comme le temps. Comme les gens. Non entretenus, vous vous cassez la gueule. On dirait des sacs remplis d’eau. Mais oui.  ll y a des poitrines qui vous mettent à genoux et d’autres qui vous soulèvent le cœur. Ce sont les mamelles tristes, pendouillantes , quasi dégénérées, érotiques comme un vieux dentier.  Il arrive de trouver ces cauchemars de chairs flasques sur les plages. Spectacle atroce et qui pourrait convaincre  un boucher de devenir végane.  Les aveugles, parfois, ne savent pas leur chance.

Inutile d’insister.

Chers seins, le souvenir m’est resté, et ô combien, de ma première rencontre avec vous. Quelle découverte !  Je jure que Christophe Colomb lui même ne fut pas aussi ému que moi ce jour-là.

C’était un mercredi après-midi.

Il n’avait pas les cheveux blonds mon guide mais, comme l’autre,  il s’appelait Nathalie. Je nous revois dans le grand lit  de ses parents et je me souviens de  ses deux petits seins dressés comme pour la prière. Ils appelaient la caresse. Je n’osais pas. La tête me tournait.  Quel embarras ! Alors Nathalie pris l’initiative. La délicieuse prit mes mains et les déposa doucement sur sa modeste poitrine. Dans mes paumes, je sentis alors comme le duvet de deux moineaux prisonniers. C’était doux. C’était chaud. J’aurais pu rester ainsi toute la journée. J’entendis des coups.  Quelqu’un frappait à la porte de la chambre ! Panique à bord. Mais non. Fausse alerte. C’étaient nos deux cœurs qui cognaient ! Simplement. Et je retrouvais mes chers moineaux,  que je rassurais tout de suite.

Ah, mon Dieu ! Le bonheur tient parfois à  peu de chose.

Par exemple, à une brettelle de soutien-gorge qui a glissé.

 

 

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