LETTRE AUX TOURISTES

 

Chers Touristes

Vous êtes formidables. Vraiment. Vous débarquez à Paris avec des sourires plein la façade, la pupille tapissée d’étoiles.  Vous y êtes enfin, dans la ville-lumière ! Vous allez loger  dans la carte postale. Désormais, tout glisse sur vous.  

Quelle indulgence ! Au restaurant, les prix sont un scandale ? Pas grave. On vous avait prévenu. Le serveur s’est montré impatient,  grossier, odieux ? Le métro pue l’urine ? Ah, quel pittoresque !

Vite, une photo à Montmartre, un V de la victoire devant la Tour Eiffel, un selfie au Louvre, un autre au musée Grévin.  Vous semblez ravis. Dans cet océan de dos courbés et de mines accablés, vos airs stupéfaits tranchent nettement. Des coquelicots dans un champ de ronces .

Le pestacle est permanent. Quelle autre ville au monde transforme les mouches en bateaux ?  Et si au Champ de Mars on moissonne votre blé, aux Champs-Élysées, on vendange votre portefeuille !  Les immeubles haussmanniens sont des navires de guerre figés dans une mer de bitume. Et vous marchez en paix.

Pauvres touristes ! Les voitures vous frôlent pendant que les scooters vous engueulent. Vous traversez la chaussée avec des précautions de gynécologue, des audaces de petits fonctionnaires. Le bruit attaque vos oreilles. La pollution brûle vos yeux, encrasse vos cheveux, grizouille vos poumons. Elle s’accroche à vous, tenace comme ces clodos mi-roumains mi syriens qui vous poursuivent en miaulant  « Une bitite pièce, oh, allez madème !  Si ouplait, Si ouplait ! »

Chers touristes,

Question effluves, vous souffrez, je le vois bien. Vous espérez  sans doute que le pourboire laissé au chauffeur au taxi lui permettra de prendre une bonne douche. Un rêve. A Paris, chacun macère dans son odeur comme un confit dans sa graisse.

Et personne qui  parle anglais pour vous renseigner !  En France, d’ailleurs, sachez-le, on ne parle que le français. Démerdez-vous tout seul avec votre smartphone. Les parisiens ne connaissent aucune des rues que vous cherchez : le parisien ignore crânement  ce qui ne le concerne pas. C’est un buffle-mufle. Les hommes promènent leur ventre comme d’autres leur Légion d’honneur. Les parisiens pensent manger bien quand ils mangent beaucoup. Le bonheur est dans le pet.

Chers touristes, merci, dix mille mercis pour votre indulgence.

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