LETTRE À LA NUIT

Chère Nuit,

Jules César, Molière, Maupassant, Louise Michel et Van Gogh ont un point commun. Ils ont tous regardé ton ciel étoilé… que j’observe ce soir.

Chère nuit, tu es bien la seule chose qui n’a pas bougé depuis le commencement de l’humanité. Tu es le même plafond pour tout le monde et depuis toujours. 

Oui, des centaines de milliers d’années ont passé sans jamais bouleverser tes milliards de petites loupiotes, fixes ou clignotantes. Combien de voeux prononcés sur tes étoiles filantes ? Combien de serments échangés dans un rayon de lune ?

Au matin meurent les promesses

Murmurées dans la nuit

Et les hommes lassés d’ivresse 

S’échappent sans un bruit

Sur terre, les guerres, les épidémies, les massacres, l’amour, la mort… 

Dans le ciel,  la nuit, le silence, l’indifférence des étoiles… 

Chère Nuit, 

quand j’étais ado, je restais allongé à te contempler. Je te mangeais des yeux la bouche grande ouverte. Je te salivais. Tu fouettais mon imagination. 

Ce ciel piqueté d’étoiles n’était rien d’autre qu’une moquette trouée par des cigarettes. Et ces trous-là laissaient passer la lumière d’un salon fantastique. Un salon céleste. J’en déduisait que Dieu était un gros fumeur mais aussi que le ménage, chez lui, laissait à désirer. 

La nuit, vraiment, tout s’illuminait. 

Dans cette moquette divine,  la lune n’ était qu’un gros trou de cigare. Et quand l’orage menaçait avec un bruit sourd, menaçant, terrible, je savais que Dieu déplaçait ses meubles. C’était le signal, aussi. Je me relevais et quittais mon oreiller de chlorophylle. Des éclairs déchiraient bientôt  la moquette. Je pressais le pas. 

Et les premières gouttes de pluie tombaient quand je fermais les yeux au fond de mon lit.

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