LETTRE À L’HERBE

Cher Cannabis,

Chère huile,

Cher shit,

Dans une autre vie, un temps, je t’ai respiré à plein poumon. A cette lointaine époque, (Jeanne Calment, doyenne de l’humanité, était encore vivante), le slogan-phare était : « Ne marchez pas sur l’herbe, fumez-là ! ». 

Ce que nous faisions. En nous allongeant sur l’herbe.

Il y avait, je me souviens, un cérémonial délicieux, fait de précautions insensées et d’audaces très prudentes.

Saluons d’abord les artistes du joint. Ceux-là,  d’un tour de main, d’un coup de langue, savaient fabriquer le cône parfait.  Ces architectes du plaisir ne gachaient pas la marchandise. Leur savoir-faire de magicien était donc légitimement très recherché. Avec eux, le précieux mélange herbe/tabac ou huile/tabac ou tabac/ shit épousait naturellement son tuyau de papier.  Et l’on entendait bientôt  l’adorable grésillement. 

Le joint tournait de main en main, ce qui était bien sympathique dans ce qu’il faut bien appeler nos transports en commun. La communion du plaisir avait lieu dans un brouillard qui fleurait bon. 

La musique de Genesis, de Pink Floyd, de King Crimson accompagnait ces voyages immobiles. Et chacun, parmi nous, y allait bientôt de son cinoche. Il y avait ceux qui riaient comme des furieux, ceux qui s’écroulaient comme des immeubles, ceux qui avaient faim, ceux qui avaient soif. Quelques uns pleuraient. Moi, je dormais. Lourdement. 

A la fin, au terminus du voyage, l’air satisfait et un peu idiot, nous comparions la dilatation de nos pupilles respectives en ricanant. On evaluait le demi cercle bleuté de nos cernes. On a les records qu’on peut.

Chère gentille défonce, 

Les chrétiens ont le Vatican, les musulmans l’Arabie Saoudite, les drogués ont Amsterdam. Ceux qui en revenaient jouissaient d’un incroyable prestige. A croire ces aventuriers des paradis artificiels,  la ville toute entière était stone. Les cailloux de shit roulaient de main en main. Chaque habitant, paraît-il, revendiquait le vert de ses poumons. Même les gâteaux jouaient le jeu !

Si je t’écris aujourd’hui, c’est parce que je suis à Amsterdam pour quelques jours avec mon ado. Comment ? Non, pas question de fumette ! Parfaitement. Et puis quoi encore ? Et l’ éducation alors ? 

 

 

LE RIRE DE BOURVIL

Bourvil  excellait dans ses rôles de pauvres types, naïf, au courage intermittent mais toujours brave in extremis.  Son côté lunaire, naïf et incroyablement humain déclenchait une solide empathie.

Dans cette vidéo, cuvée 1964, il joue dans « La bonne planque », gros succès de boulevard. Voici une scène célèbre, quand il  téléphone au commissariat. Ses partenaires de scène  : Albert Michel, Robert Rollis et Pierrette Bruno.

Bonne dégustation !