LETTRE AUX BEBES

Chers Bébés,

Vous approcher sans vous tripoter, sans vous humer, sans manger vos pieds est un supplice. Dans la rue, je vous vois  passer dans vos carosses capitonnés avec le dédain des vrais souverains : jamais le moindre signe de la main !

Vos gardes du corps sont aux petits oignons. J’aperçois parfois vos billes bleues ou marrons qui regardent le monde comme un chaton découvre la vie : sans comprendre. Et vous regagnez votre palais parental sous bonne escorte. Le lunch-bib vous attend. Quelques chanceux déjeunent goulûment au sein d’un parc, sur un banc.

Chers bébés, je dois vous dire un truc. Quand j’étais pré-papa, vous me faisiez peur. En fait, j’appréhendais notre rencontre. J’étais très impressionné par le récit de ces mamans qui racontaient leurs  mésaventures maternelles. Elles évoquaient surtout les cris de leurs bébés. La puissance de ces jeunes décibels ruinaient leur sommeil, disaient-elles. Elles parlaient aussi de ces geisers de vomi, en guise de remerciements à leurs câlins. A croire que ces malheureuses avaient donné le jour à des Aliens potelés et vicieux. Je transpirais.

Et puis mon tour est arrivé ! Je veux dire : j’ai eu un bébé, un enfant. Dire qu’il était beau est insuffisant. Il était la beauté même. A la clinique, dans la salle où stationnent ces chariots transparents remplis de nourrissons, ces caddies d’amour, des pleurs fusaient de toutes parts, comme des supporters de foot  après la défaite. Le mien ne disait rien. Il « gérait » comme on dit aujourd’hui.  Il semblait parfaitement indifférent au bordel alentour. Cool. Ses copains gueulaient de jalousie, voilà la vérité. Oui, c’était cela. Ils ne supportaient ni sa beauté, ni son calme.  Mon fils ! 

Il était né par césarienne. En dormant.

Je me souviens du jour où j ai changé sa première couche. J’étais fier comme un pape. Le résultat, pourtant, tenait à la fois de Picasso et d’un ensemble schtroumpf. Passons.

Oui, il a toujours bien dormi mon petit bougre ! Il « a fait ses nuits » tout de suite après la maternité.

Cela m’inquiétait.  Ses dispositions  ne « collaient pas » avec ces histoires effrayantes. Aussi, vers quatre heures du matin, je me réveillais parfois. L’angoisse me tenaillait. Et si le petit était mort ? Je laissais la maman tranquille et me levais « pour aller voir ». Dans sa chambre, tout était paisible. Mauvais signe. Je m’approchais du berceau. Je regardais. Il avait les yeux fermés et les deux poings serrés comme un petit cégétiste. Parfait. Mais était-il toujours vivant ? Je mouillais d’un peu de salive le dos de ma main que j approchais doucement  de sa bouche. Je sentais un mini souffle régulier. Trois fois rien. Mais ce trois fois rien était tout. Oui, le petit respirait bien. Et moi je respirais mieux.

Ces souvenirs sont en moi comme la sève est dans l’arbre.

6 réponses sur “LETTRE AUX BEBES”

  1. Mmmmmmmm… Ces pieds et ces joues potelés, oui, c’est cela… comment ne pas les couvrir de baisers?
    Parfois je fais des rêves où mon fils redevient bébé et où c’est ce que je fais. Et c’est d’une douceur infini.

  2. Entre la lettre à mon fils et la lettre aux bébés « le petit » a une chance infinie…
    J’espère qu’il aura, si ce n’est pas déjà le cas, l’envie de vous lire dans tes mots. On ne naît pas papa (pas plus que maman), on le devient doucement, tranquillement au fil des heures qui passent, dans l’apprentissage des gestes à naître, du lever au coucher de nos petits bonhommes ou bonnes femmes, dans la tendresse de leurs regards, dans leur souffle ténu, dans leurs cris de joie ou de colère, dans le regard ébloui qu’ils portent sur le monde, dans la chaleur de leurs corps tenus tout contre nous…
    Je ne me rappelle plus bien quelle Florence j’étais avant que Lou et Zoé ne viennent au monde, la première en douceur et sourire, la deuxième dans la fureur et dans le bruit….

  3. Tendrement magnifique d’un amour infini d’un père à son fils .
    Je n’ai pas eu de père (je ne l’ai pas connu , ma mère oui l’a très bien connu 😉 ! ) :)Pour celui qui l’a été , en a eu le rôle , je fauche vos mots , les lui mettre dans le crâne et qui sait dans un rêve me les dira-il aussi ? Mais je suis une fille . C’est pas une raison hein ? pour ne pas que cela se fasse ?

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