LETTRE AUX RADINS

Chers Radins,

Quel  paradoxe ! Pour économiser, vous vous dépensez sans compter.  Pendant que les autres tutoient la vie et conjuguent au présent le verbe jouir, vous restez dans l’ombre du plaisir et vivez en solde. 

Vous êtes la nuit sur le monde et pour les choses de l’amour,  vous êtes l’ennui et l’immonde. Vous vous prêtez. Vos festins sont de miettes. 

Je vous soupçonne  d’aller aux toilettes comme d’autres se rendent au Trésor Public : avec la torture de devoir lâcher quelque chose et de le voir disparaître à jamais.

Vous vous arrangez toujours pour être insolvables, indisponibles, hors d’atteinte. Vous ne donnez même pas de votre temps. Vous faites payer chèrement à votre entourage les oursins qui croissent dans votre poche. Vous épuisez la patience. Vous êtes les bourreaux du chiffre, la morgue de la calculette. En definitive, vous menez au quotidien une guerre à vous même. Vos victoires sont minuscules, minables, pathétiques.

Il me faut vous  raconter une histoire.

J’ai connu un technicien, Serge, qui poussait loin la technique pour ne pas avoir à dégainer quelques billets. Ainsi, au restaurant, il choisissait toujours le menu enfant. Authentique. Le bonhomme économisait jusqu’au savon. Il puait. Sa radinerie allait jusqu’à embarquer le sucre des cafés qu’il n’avait pas bu. Il les rafflait sur les tables voisines. J’ignore s’il donnait une paille à ceux qui lui réclamaient  un pourboire. De même, qui peut m’ affirmer qu il ne repose pas aujourdhui dans un cercueil en carton recyclé ?

Chers Radins, 

Ces mots vous froissent ? Tant mieux. Vous repasserez.  J’en aurais plein d’ autres pour vous exprimer mon dégoût. Profitez. C’est gratuit.

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