LETTRE AUX TABOUS

Chers Tabous,

Vous êtes la roulette du dentiste sur le nerf des interdits. Le chiffon rouge dans l’arène du censeur… jamais en panne !

Oui, vous êtes la pensée inconfortable,  le rouge à lèvres de la ligne jaune, la rente du psy, les cernes du code pénal. Je vous imagine comme la meurtrière de la morale, une ouverture qui laisse entrevoir un curieux paysage. Je regarde. Je vois des abîmes séduisants, des vergers chargés de fruits vénéneux. Je recule.

Chers Tabous,

Rien de plus instructif que de vous approcher pour estimer ses limites et jauger celles des autres. Freud rappelle que « primitivement, « tabou » ne signifiait ni sacré ni impur, mais désignait simplement ce à quoi il ne fallait pas toucher ». 

Si la famille est le silence d’un groupe de personnes autour d’un même secret, alors il peut être salvateur de malmener ces non-dits qui plombent tant de bûches glacées, à Noël, à l’heure des retrouvailles. Les tabous familiaux se nourrissent de silence. Il faut donc parler.  Et l’oxygène les fera mourir. Ils seront comme ces poissons sortis de l’eau qui se tordent sur l’herbe et finissent par crever dans un ultime soubresaut.

Ah ! Libérer la parole ! Faire éclater la vérité comme avec un furoncle ! Les psy nettoieront les éclaboussures. Combien de familles respireraient mieux si elles évoquaient l’inceste, la violence, le suicide, la maladie. La vérité, si embarrassante soit-elle, est toujours plus confortable que le dénis.  On s’en arrange. On l’apprivoise. Elle fait place nette. Rien de tel avec des fantômes. Ils nous habitent. Ils nous grignotent. Ils nous tuent. Mais le courage est la chose la moins partagée au monde.

Chers Tabous,

Dans la sphère publique, vous êtes le garant de l’ordre social, le fusible de la censure.  Finalement, les religieux sont peut-être vos meilleurs attachés de presse. En vous condamnant, ils caressent notre curiosité. Et parfois même, ces salauds caressent nos enfants.

Infernal.

 

 

 

 

 

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