LETTRE À L’ITALIE

Chère Italie,

Pourquoi cette évidence quand nous déambulons dans tes rues ? Chez toi devient chez nous. En mieux. En plus coloré. En plus sensuel. En plus charnel.

Nous voici apaisés, sereins, le coeur ensoleillé. Nos poumons se parfument de pomodori. Notre pupille ne sait plus où donner de la tête. Nous avançons parmi les tratorias et les gens qui s’engueulent en rigolant. Dans la foule, des Marcello, des Nino, des Alberto et des Sophia, des mamas aux hanches arrondies par les gelati, des semi-vieux à l’allure impeccable. Ils portent leur ventre comme d’autres la légion d’honneur. On se connait, on se reconnait, on s’interpelle. Les bras font des moulinets. Les maraîchers ressemblent à des gardiens de but. Tout le monde trottine avec une même hâte, celle de faire bientôt la sieste. Il faut dire qu’ici, le soleil ne carresse pas. Il cogne.

Pays magique, biblique, cinématographique ! Nous rentrons dans la pellicule de quelques chefs d’oeuvre comme on entre dans un bain tiède. Avec aisance. Voici tout à coup le sosie  de Vittorio, les seins de Gina !  Envie de fanfaronner durant cette journée que l’on voudrait particulière. Sur les lèvres, un air de Nino Rota, de Nicolas Piovani. Et si le bonhomme qui achète des tomates, là bas, c’était Nani Moretti ? On s’avance, le coeur battant. On se pince. On jurerait avoir croisé Laura Morante ! Erreur. C’était Claudia. Nous voici changés en guépard et de loin, nous sommes Delon. 

Cocteau affirmait qu’un Italien, c’est un Français de bonne humeur. Il avait raison. Avant de reposer la plume, il faut évoquer votre cuisine. Simple, généreuse, irrésistible. Ferré dirait : « c’est l’église de la gueule ! ». Nous buvons le sang pourpre de la Toscane et le jambon nous tend ses petits bras parfumés.  Comment résister ? Pourquoi résister ? Le charme nous tient. Nos grognements de parisiens blasés sont restés dans la valoche. Et c’est presque un plaisir de se faire carroter de quelques euros sur l’addition. C’est le sourire de la petite arnaque. A Paris, ce RSA de la politesse n’existe même pas. C’est qu’on nous a tout de suite repérés. Venir de Parigi se paye. Pas grave. On se rembourse avec les couleurs du paysage. Et l’on reprend un verre de Chianti ou de Lacryma Christi.

Notre opinion est faite : si Dieu existe, il a certainement une maison secondaire dans ce pays.


 

5 réponses sur “LETTRE À L’ITALIE”

  1. Frantz, ton texte est craquant comme un plat de pâtes al dente, suggestif comme un paysage toscan au coucher du soleil. Quel bonheur d’être ainsi transporté(e) dans un pays ami à quelques encâblures de la Drôme où je coule pourtant des jours plus qu’heureux en compagnie des cigales.
    Merci l’ami ! A se revoir.

  2. J’ai toujours en tête le livre de jean GIONO ,  » VOYAGE en ITALIE ».
    je ne pourrai pas raconter grand chose, mais il m’a laissé une
    véritable sensation .
    Seul souvenir de 2 pages pour expliquer comment le barman fabrique un café avec une vieille machine des années 50.
    fabuleux !
    Bien à vous !

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