LETTRE IMPUBLIABLE 

Drôle d’époque.

Nous nous obstinons à confier des  choses intimes à des inconnus  du monde entier mais nous ignorons le nom de notre voisin de palier. Ça pèse combien un millier d’amis Facebook  ? Un kilo de like ? On préférait cent grammes de chatouilles.

Facebook offre l’hospitalité à nos émotions, parfois à notre audace, rarement à la vérité vraie. A cette vérité-là, désagréable, nous préférons la convenance. Au spleen, nous privilégions la grimace du sourire. 

C’est notre liberté, bien entendu.

Mais avons nous vraiment le choix ? Facebook est un orchestre mondial qui joue inlassablement la même partition : mièvrerie en la majeur. Nous sommes, nous,  les abonnés de Facebook,  les musiciens de cet orchestre monstrueux. Nous nous empiffrons avec ce Nutella de bons sentiments. Jusqu’ à la nausée, jusqu’ à la tristesse. Nous tartinons cette pâte indigeste sur des milliards de pages-somnifère. Ces pages nous confortent dans notre prudence émotionnelle. Elles flattent nos demi-certitudes. La pâte colonise tout jusqu’à devenir la norme, notre référence, notre ration émotionnelle. 

Vous avez dit pathétique?  

Nous nous surprenons à refuser le doute et le désespoir des autres . Autant d’ impolitesses malvenues. Dans cet orchestre qui jamais ne fait relâche, être différent, c’est être dissonant.

Dans ce tsunami de bisous, de commentaires sympas que surligne une armée d’émoticones rigolos, on chercherait en vain une émotion enfin decorsettée de cette bienséance hypocrite et bien chiante.

Pas de nuages noirs sur les soleils impeccables de nos jpg. Pas de griffes acérées pour les chatons-acrobates de nos écrans. Un vernis qui camoufle les marasmes d’une vie, la forêt des frustrations. Nous voici dans un monde aimable et rassurant, au coeur d’une normalité un peu inquiétante. On cherche en vain une couche souillée pour évoquer les désordres intestinaux du bébé chéri, une déclaration impudique après la publication d’une photo sensuelle. Nous croisons des intellectuels sans idées, des nymphettes ménopausées, des Don Juan suspects, gras du bide, des stars éteintes , des révoltés-Haribo. Aux gâteaux d’anniversaires succèdent des repas colorés d’un été complice.

A la longue, FB est devenu le pansement virtuel de nos solitudes, la caresse sans danger pour nos pudeurs  défroissées.

On se méprise un peu de participer à cette entreprise. On laisse tomber. Et puis on y revient. Le temps passe. On poste ses lettres comme une bouteille à la mer et non à l’amer.

On se dit que demain est un autre jour.

2 réponses sur “LETTRE IMPUBLIABLE ”

  1. bien heureusement F -V n’est pas F B ! merci , je partage tout ça m^me si j’ai employé pour qualifier FB de termes tels que : exhibitionnisme , voyeurisme , pervers narcissique manipulateurs … c’est trop , beaucoup trop de « cons’ trop souvent ! Heureusement il y a les arts et la manière 🙂

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