LETTRE AUX DIVORCÉES

Chères Divorcées,

Vous êtes le sourire de la liberté recouvrée. Objectif bonheur. Oui, vous voici enfin libre. Libre, par exemple, de conjuguer le verbe « glander » au présent et même, surtout, à l’imparfait.  Désormais, plus personne ne vous le reprochera. A vous d’apprivoiser la solitude qui vous mordille et d’en faire une copine.

Dites, vous le sentez ce vent frais qui roule sur vos joues ? Il caresse le nuage des petits cheveux de votre nuque. Eh bien, c’est le souffle de la liberté. Mais oui. Avec lui, tapissez vos poumons . Votre corps deviendra aérien. Vous tutoierez  les cimes, vous planerez. Une évasion sans tour de contrôle.

Votre ex, aussi, profite de cette liberté-là. Mais chez lui, elle a un prix : celui de la pension alimentaire. Ah, comme il souffre le pauvre diable ! Il a toujours souffert, d’ailleurs, écartelé entre les injonctions de sa mère et celles de sa libido. C’était  « allo maman bobo ». Mais c’est vous qui  accouriez. Derrière l’ours, il y avait l’ourson. Une simple plaie sur la jambe et il envisageait l’amputation. Pour un lumbago un poil vicelard, il se documentait déjà sur le prix des fauteuils roulants. Il geint ? A vous le gin ! Santé !

Chères divorcées,

vous disposez pleinement de votre capital-séduction. A votre grande surprise, vous voici redevenue une proie. Adrénaline chérie !  Oui, vous voici à la merci d’un drôle de zoo. Avec des fous de la quéquette, des tordus professionnels, des athlètes du mensonge, des faux célibataires et de vrais veufs. Faire du neuf avec un vieux ? Très peu pour vous.

Mais les codes ont changé.

Vous voici un peu perdue dans le grand magasin virtuel des sentiments, avec ses escalators de moral, qui montent au septième ciel et qui descendent au sous-sol,  avec ses soldes, ses promos à saisir et puis, aussi,  ses invendus de l’amour. Les pièges sont multiples, l’espoir vibrionne malgré tout et la déception, souvent, est en embuscade. Mais bon, hein,  tout cela vaut  mieux  que griffonner des mots fléchés en buvant sa camomille. Ah ! Si les femmes savaient combien il est facile de divorcer, elles s’en iraient plus vite.

Les enfants ? Quoi les enfants ? Mais ils sont ravis les enfants ! Ils découvrent une maman-femme, eux qui ne connaissaient qu’une mère-poule. Ils font aussi connaissance avec leur papa, un papa tout nouveau, insoupçonné, un papa-Tarzan qui saute de Diane en Diane en pantalons slims.

Sans parler des cadeaux qu’ils reçoivent ! Des cadeaux en stéréo. Les enfants les butinent chez papa ET chez maman à Noël, aux anniversaires, n’importe quand. Les enfants sont des petits banquiers. Ils thésaurisent. Un jour au l’autre, ils vous feront (peut-être) payer votre divorce. Avant de divorcer à leur tour. Vous avez le temps.

Chères divorcées, bien entendu, votre nouvelle situation apporte son lot de surprises sauce aigre-douce. On ne vous invite plus si souvent dans les soirées entre amies-pour-la-vie. C’est que vous voici devenue potentiellement dangereuse pour les couples bien installés.  Vous êtes l’otage d’un principe de précaution.  Ensuite,  le plateau-repas devant la série-télé a remplacé le resto. Quelle importance ? Vous économisez des grimaces et de l’argent.  Enfin,  Il vous faut descendre seule les poubelles, monter les courses et changer la litière du minou « super câlin ». Des broutilles.

Un conseil.

Si d’aventure votre moral devait souffrir d’une petite crevaison, pensez à l’ami Maupassant en guise de rustine. L’écrivain écrivait : « Le mariage c’est un échange de mauvaise humeur le jour et de mauvaises odeurs la nuit. » Ça calme n’est-ce pas ?

Allez, la vie vous appartient et vous l’aviez sans doute un peu oublié. Cette rupture vous innove. Vous avez raté votre mariage mais vous réussissez votre divorce. Et cette victoire n’est pas la moins belle sur le chemin de votre existence.

Bien à vous,

2 réponses sur “LETTRE AUX DIVORCÉES”

Laisser un commentaire