LETTRE AUX VENGEANCES

Chères Vengeances,

On te retrouve au Tribunal ou dans les draps noirs de la dépression. Tu es la jouissance  interdite, l’ivresse sans la gueule de bois.

C’est que le champagne de l’amour, quand il s’évapore, laisse parfois un arrière-goût de vinaigre. On se marie avec une personne. On divorce contre une autre.

Le  phénomène est  un peu mystérieux.

Il  arrive qu’une fois dissolus, les liens du mariage ou du Pacs se retrouvent et finissent par tresser une  corde.  L’étranglement peut commencer.

Et des naïfs pensaient que tout était fini !  Il y avait eu  les aveux,  les crises,  les insomnies, parfois même un juge pour officialiser cette  rupture. Tout cela n’était  qu’une étape, une sorte de hors d’œuvre. Le pire restait à venir. Le pire, ce sont ces ressentiments extrêmes quand les nobles sentiments ont fui, ces coulisses de l’amour quand l’amour a disparu.

Nous possédons tous en nous  un génie de la nocivité. Bien enfoui  ou à fleur de peau, il  n’attend que le  moment propice  pour se réveiller et frapper l’autre. 

Chères Vengeances,

Au quotidien,   il n’est pas rare d’entendre des anecdotes à ton sujet. Ces histoires ont souvent un point commun : une séparation mal digérée. D’où l’amertume, l’hostilité, la rancoeur, la malveillance…Un  contentieux non réglé  est comme une plaie qui s’infecte. Rien ne semble pouvoir stopper la progression du mal. Et l’âme du vengeur, très vite, baigne dans le pus comme un confit dans sa graisse.

Pourtant, il suffirait de quelques gouttelettes d’intelligence pour stopper net ces micro-drames.  Une bonne et saine indifférence permettrait  d’arrêter les hostilités. Qui donc en est capable ? 

Et posons-nous les bonnes questions.

Pourquoi s’acharner à vouloir salir, harceler, détruire  l’autre puisque cet (e) autre ne partagera  plus jamais votre vie ?  Comment expliquer ce refus d’enclencher ce « travail de deuil »  cher aux psychologues ?  C’est ainsi : il existe autour de nous des hommes et des femmes soudés par le mépris, parfois la haine, et cela bien des années après leur séparation.

Spectacle suprenant.

Même vieux, même loin, chacun  un pied et demi dans la tombe, ces personnes continuent de se reprocher mille choses, fomentant l’une pour l’autre d’innombrables  coups bas. Tout cela jusqu’à la fin, jusqu’à la mort, et au grand dam des familles qui hériteront de cette haine avec les  meubles.  Car il est faux de penser que  le temps apaise les hostilités et que le poids des jours  diminue la virulence des attaques. Le temps aggrave tout. Et la haine, quand elle est d’une certaine qualité,  ressemble aux grands crus : elle se bonifie merveilleusement avec les années.

Dans ces guerres, disons-le,  les  premières victimes sont les enfants. Terminés les jours heureux, les  surprises et  autres  goûters d’anniversaires en famille. A présent, chacun déguste dans son coin !  

Chère Vengeances,

tu le sais, le génie du mal n’a pas de sexe. Hommes et femmes se valent. Ils s’affrontent au gré de leurs moyens, de leurs disponibilités, de leurs envies et de leurs névroses.

Au jeu du « Je t’aime, Je te haine » la règle est simple.

Chacun, à tour de rôle,  marque des points.

Celui ou celle  qui meurt le premier a perdu.

 

 

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