LETTRE AU PÈRE NOËL

 

Cher Père Noël,

Je viens d’apprendre que tu avais été jeté en prison pour faits de pédophilie aggravée. Ah mon salaud !  Game over ! A trop caresser la tête des enfants,  avec tous ces jouets en guise d’appât, tes mains baladeuses, cette assise branlante sur tes vieux genoux  pendant la photo… Tu as craqué. Et maintenant tu vas payer. Fin de carrière  à la page des faits divers. Le Père-Noël est dans ses petits souliers. Ordure, va  !

En prison, mon vieux, tu vas voir, pas de cadeau !  Ceux qui, comme toi,  ont abusé des gamins sont surnommés « les pointeurs ». Ils sont  la cible privilégiée des autres taulards. Tu étais le roi. C’est fini. En prison, tu seras leur reine. Adieu le traîneau et les ballades célestes. Désormais, tu vas te traîner  comme un vieux bouc, un bouc émissaire et disponible. En prison, inutile d’appeler à l’aide.  Les gardiens veulent la paix. Pour des gens comme toi, à l’heure du supplice,  ils regardent ailleurs. Et puis, tu vas te rendre compte, passée une certaine heure, les murs n’ont plus d’oreille. C’est plus pratique pour tout le monde. En prison, les cris s’étouffent tout seuls. C’est ainsi que tu rembourseras tes crimes. En payant de ta personne. Tu t’endormiras avec ta honte et ta douleur. Bien fait.

Cher vieux salaud,

Pour être honnête, ce qui me surprend dans cette affaire, c’est qu’elle n’éclate que maintenant. Tu m’as toujours semblé louche. Un  gros type  éternellement célibataire -a-t on jamais entendu parler de la  Mère Noël ?- et puis ce costume écarlate, ridicule, cette barbe blanche, soyeuse,  et, surtout,  ces yeux  nazis, les tiens,  à l’heure de la confession. Tu voulais savoir si nous avions été sage. Dis-moi Ducon, ça te regardait ?  C’est toi qui avait payé les cadeaux ? Bien sûr que non.

Les parents étaient complices.  Ils ont fini par tout avouer, eux aussi. Ce n’était d’ailleurs pas leur première trahison. Il y avait eu « l’affaire des dents de lait et de la petite souris ». Ils ont écopé d’une peine avec sursis. Pour abus de confiance. Ils méritaient davantage, je crois.

Tu me dégoûtes.

Cette manière de rire , ces « ho ho ho .. » satisfaits, tes mains gantées pour ne pas laisser de trace…  Avions nous été sage ? La confession semblait obligatoire.  Je me demande encore… Si nous avions été des pestes, de sales mouflets sournois,  dégueulasses et tordus, serais tu reparti avec tes paquets  ? Sans doute pas.  Mais je ne veux plus y penser. J’avais confiance. Je croyais en toi.

C’est fini.

 

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