LETTRE AU METRO

Cher Métro,

tu pues, t’es sale mais j’t’aime bien.

Voilà deux ans que j’ai troqué ma moto pour tes rames. Elles ressemblent à des serpents-bolides ou plutôt à des suppositoires d’acier. Ils filent dans le fondement de la capitale.

Chaque matin, je croise des souris aux cheveux mouillés, des ours aux joues de cactus,  des cadres sans tableaux, des ouvriers sans outils, des espoirs sans avenir.  Tout cela grenouille dans un drôle de couscous où flottent pêle-mêle vieux légumes et jeunes viandes, truites mortes et gros vicieux. Quelquefois, une princesse monte. Un rayon de soleil dans la nuit. On s’interroge. Que fait-elle ici ? Son  carrosse doit être à la fourrière. La belle nous regarde en coin. On dirait une bourgeoise à Emmaüs.
 
Un règlement non écrit interdit aux usagers de sourire. Chacun le respecte.

Partout, des vêtements noirs, marrons et gris.  A Paris, l’hiver vestimentaire dure dix mois.   Il faut attendre l’été pour l’éjaculation des couleurs.  A cette saison, les touristes changent la tapisserie des suppositoires.
Personne ne se  regarde. Le voisin est une ombre. Debout, il est encombrant. Assis, il devient une proie. Tout le monde veut sa place.

Aux heures de pointe, tu ne piques aucune curiosité. Dommage. C’est une bienveillance au point mort, une fraternité de sardines,  l’ asociale sécurité.

Les smartphones prennent en otage notre attention.

Merveilleuse technologie. Elle nous conforte dans une bulle qui n’est jamais de champagne.

Pour ne pas entendre la litanie des clodos, les casques audio coiffent les têtes. On croirait  voir une armée de Mickey équeutés. Le sourire en moins. Forcément.

Curieusement, cher métro, rien n’a été trouvé pour tes odeurs.

Tu es l’ONU des puanteurs, le meilleur du pire.
On trouve chez toi des  haleines de chiens crevés, des pantalons brûlés d’urine, du fromage de pieds, des brises d’anus. Au lieu de contrôler les billets, tes contrôleurs feraient mieux de contrôler les odeurs. Chaque usager-fraudeur se verrait condamner à acheter un déodorant avec obligation de s’en servir.

Bon. En attendant, j’t’aime bien quand même…

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