LETTRE AUX PERVERS

Chers Pervers

Phrases à double sens, compliments ambigus, pointillés assassins,  reproches souriants, vous tissez votre toile avec tout cela et brouillez  les repères. Sur vos proies, vous soufflez le brûlant et le glacé. Avec l’obstination d’une goutte qui parvient à dissoudre un morceau de sucre, vos victimes s’effondrent doucement.

Ange en public, diable en privé, personne ne les croit quand elles évoquent vos persécutions et la farandole de vos humiliations. Impensable. Comment ! Vous, l’homme si bien, si drôle, si brillant, ce gendre idéal qui humidifie les belles-mères les plus sèches, comment vous imaginer en assassin ? Car vous en êtes un. Vous tuez. A coups de doutes, de manipulations, de culpabilisations.

Et le piège se referme.

Par vos soins, vos victimes sont chaque jour un peu plus isolées. Avec des mots, vous avez construit des murs et les voici perdues dans votre labyrinthe. Quand elles  se regardent dans un miroir, le reflet ne leur montre que des points d’interrogation.

Vos victimes vous dévisagent avec une tête d’animal pris au piège. Vous leur avez siphonné  toute confiance.  Elles peuvent désormais crever. Et parfois d’ailleurs, à moins d’un ultime sursaut, elles crèvent.

Mission accomplie. Pas le temps de se réjouir. Le prédateur que vous êtes est déjà ailleurs.

Sur d’autres proies.

A jamais