LETTRE A GÉRARD DEPARDIEU

Cher Gérard,

Dans l’Obs de cette semaine, tu déclares : « Je peux écouter Brel parce que c’est théâtral et que ce n’est pas très bon. Je peux écouter Ferré, parce que c’est nul, à l’exception, disons, des poèmes d’Aragon qu’il a mis en musique… »

Merci à toi.  Ce jeudi 5 octobre 2017, tu lèves mes doutes. Je sais maintenant que tu es un très gros con.

Fidèle à ta provoc de beauf-buffle, tu dézingues à tout va : Elvis Prestley, Bill Halley, Eddie Cochran, Johnny Hallyday qui tous ne relèvent, selon toi,  que d’ « une soupe dégueulasse ».

Oui, tu nous ouvres les yeux.

Écraser, détruire, lâcher de gros  étrons sur les autres..  Mettre une majorité de bourrins dans sa poche et envelopper le tout avec des rires gras en guise de papier-cadeau. Le talent.

Une méthode sans doute héritée de ton copain Poutine. A moins que ce ne soit celle de « ton ami », le président de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, deux démocrates, deux grands incompris selon toi.

Pour mémoire, le premier « couvre » le harcèlement judiciaire, les emprisonnements arbitraires et l’exil, voire l’assassinat de personnalités. Le second a lancé une campagne de répression contre les personnes homosexuelles ou considérées comme telles. De sales pédés et gouines qui seraient traqués, arrêtés et torturés dans les geôles secrètes du régime. Bien fait pour eux, hein ?

Aux droits de l’Homme, tu préfères le doigt de l’Homme. Le majeur. C’est un choix.

On dira : « Mais quel rapport entre ces artistes et ces hommes politiques ? » Il y en a un. C’est le discernement. Tu es désormais incapable de faire la part des choses.  Tu écrases tout avec ta délicatesse bovine. Tu continues de jouer ce personnage grotesque qui veut nous persuader qu’il est resté  un aimable funambule, un poète tonitruant « à vif, »  « à fleur de peau ».

Qui est dupe ?

Mais enfin, voyons, ouvre donc les yeux ! Les gens qui viennent t’applaudir aujourd’hui le font pour saluer la légende, voir la bête de près, humer tes postillons d’alcoolique, respirer ta sueur malsaine.  Du fétichisme. Pour les plus lucides, il y a belle lurette que l’artiste ne va plus très fort (et ce mot rime avec mort.)

Cher Gérard,

je t’ai croisé deux fois et je dois dire que la chose est restée inoubliable.

La première, c’était dans un restaurant chic avenue Montaigne, à Paris. Ta table était toute proche de la mienne. Impossible de t’ignorer. Tu te foutais bruyamment de la gueule de Georges Cravenne, le créateur de la cérémonie des César.  Il était là. Tu gueulais à son endroit :  « Ah ! Mais quoi ? Qu’est’ce qu’il dit, là,  le vieux? «  Tes compagnons de fourchette se régalaient. Pensez donc ! Un scandale pour eux tout seuls ! Et moi je regardais Georges Cravenne. Il semblait  peiné. Et j’étais un peu triste pour lui.  Attaquer ainsi publiquement un homme âgé, c’est pas terrible, terrible, tu sais..

La seconde fois, c’était un dimanche. Tu étais devant l’Assemblée nationale.  Sanguin, tu faisais des moulinets avec tes bras comme on le fait pour chasser des mouches. Tu semblais exaspéré par tout. Et j’ai changé de trottoir.

Pourquoi s’en prendre aujourd’hui à Brel et surtout à Ferré « le nul » ?  Mais qui es tu pour parler ainsi ? Et, surtout,  qu’es tu devenu ? Tu attaques deux hommes qui ne sont plus là pour te répondre. Tu conchies deux œuvres. Et ces deux poètes-là étaient deux soleils. Ils continuent de réchauffer des âmes esseulées.

Vois-tu, entre eux,  les soleils ne se font pas d’ombre. Jamais.

Toi, cela fait bien longtemps que tu ne réchauffes plus rien. Plus rien du tout. Mais tu continues à te brûler la gueule avec ton alcool. A chacun ses soleils.

Mes amitiés à « tes amis ».

 

 

 

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