LETTRE AUX SCANDALES

 

Chers Scandales,

Avec vous, nous avons le choix de l’embarras.  Mais vous ne faites que passer. Triste farandole. Elle lasse notre empathie et  lisse notre indignation.

Et pourtant, il y aurait de quoi vomir, dégueuler, dégobiller, gerber…

Au mois de juillet, un poète chinois  décédait après 8 années de prison. Cet insolent avait eu le toupet de demander davantage de démocratie dans son pays. Impardonnable. Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix, est mort d’un cancer dans un hôpital. Les autorités chinoises -qui ne doivent pas aimer la poésie-  refusaient qu’ il aille se faire soigner à l’étranger.

La « communauté internationale » s’est émue. Elle en a l’habitude. Une minute trente au journal de 20h plus tard et  l’affaire était oubliée. Mais sa veuve, Liu Xia, n’a pas tout perdu. Elle a hérité du harcèlement des autorités. Qui s’en préoccupe ?

Voilà quelques semaines, un rockeur-frappeur frappait  encore. Cette fois, c’était l’opinion.  Il s’affichait à la une d’un hebdomadaire-torchon. Ce grand incompris y  confiait ses affres de créateur. Mauvaise idée. Brasero d’invectives ! Tollé général ! Facebook et Twitter  changés en réchauds sociaux !  Feu de paille médiatique. Il a opportunément réchauffé les ventes d’un CD et enfiévré le tirage du torchon. Nul doute qu’il brulera à nouveau. Si la messe est dite, la prière l’est aussi :

Je vous salue, Marie pleine de grâce ;
Le Saigneur est avec vous.

Chers scandales,

Finalement, vous vous chassez l’un l’autre.

L’Affaire Weinstein, avec son lot de révélations crapoteuses,  a permis de guérir quantité  de personnes atteintes d’amnésie. Et les vilains souvenirs de remonter à la surface, comme des bulles puantes dans un bain.
Et les langues de se délier, partout dans le monde. Non pour rouler des pelles mais pour peler des lourds.
L’arsenal législatif  a-t-il à ce point rendu les armes ? Il faudrait d’abord l’utiliser pour condamner, et condamner vraiment, cette basse-cour riche en coqs, poules et autres porcs.

Sur la toile, ces flics du slip sont souvent  des anonymes. Méfiance. On sait pourtant combien il peut être criminel de dénoncer ainsi telle ou telle personne. La mémoire de l’Histoire  à des recoins sinistres. S’il est utile de le savoir, il est toujours dangereux de s’en inspirer.

Oui, à vomir.

 

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