LETTRE AUX RUPTURES

Chères Ruptures,

Vous êtes la fin du voyage amoureux, un terminus sentimental qui ouvre droit… à un nouveau départ !

Bien sûr, la secousse cardiaque, bien entendu la rosée de larmes, évidement un orgueil malmené mais surtout, surtout,  et pour les deux parties, une liberté recouvrée !

Mais ce moment est délicat.

Il requiert un vrai courage, quelques grammes d’élégance. Ce moment si particulier, on s’y rend comme une visite chez un dentiste : en espérant ne pas avoir trop mal.  La personne un peu chic (mot démodé, tant pis…) évitera au préalable l’engueulade au téléphone, le SMS-SS, le silence de l’amer.

Dis moi comment tu quittes et je te dirais qui tu es.

C’est d’ailleurs un peu la roue de l’infortune. Combien de couples se sont véritablement découverts devant un juge aux affaires familiales ?

Chère Ruptures,

Nous ne sommes pas naïfs, allez.

Nous savons que vous pouvez aussi engendrer des rages froides et tenaces.

  « Après tant de bontés dont il perd la mémoire.

  Lui qui me fut si cher, et qui m’a pu trahir,

 Ah ! Je l’ai trop aimé pour ne le point haïr.»

(«Andromaque/ Acte 2 »)

C’est la variante : dis moi comment tu quittes et je te dirai qui te hais.

Et de me souvenir d’un confrère journaliste, Pascal de son prénom. Depuis vingt ans, il était englué dans une haine féroce contre son ex-femme.  (C’est d’ailleurs bien connu, quand on se haine, on a toujours vingt ans…).

Bref.

Un jour – miracle ! –  les deux agités agitent le drapeau blanc !  Sont-ils à sec de venin ?   Épuisés par les innombrables coups tordus ?  Quoiqu’il en soit, l’impensable se produit : Pascal redémarre sa vie avec son ex-ennemie intime !

La détestation de l’autre a soudainement fondu.

Les vieux fauves sont marqués par ces années de querelles.  Ils ont les crocs limés, la griffe molle et traînent la patte pour se rendre chez le médecin. Chacun, bien entendu,  n’a rien oublié des saloperies de l’autre. Mais il n’y a plus de sujets qui fâchent. Dans la dernière ligne droite de leur vie, chacun, à présent,  désire souffler, se reposer un peu… avant de se reposer définitivement.

L’échec d’une rupture.

 

 

 

 

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