LA CANDEUR DES VIPÈRES -3-

AURÉLIA -3-

La maternité avait donné son feu vert. Nous pouvions sortir. Le petit Sacha était emmitouflé, encapuchonné et sanglé à l’arrière de la voiture. Il reposait dans une nacelle fixée par deux ceintures de sécurité. On aurait dit Hannibal Lecter dans Le Silence des Agneaux. Pour faire barrage au soleil et décourager d’éventuels paparazzis, une serviette sombre recouvrait la fenêtre de sa portière. Une sucette ventousait sa bouche. Deux autres reposaient sur son body.  En cas de crise, nous avions nos munitions.

Pour ce retour au bercail, rien n’avait été laissé au hasard. L’Alfa-Roméo avait bénéficié d’une révision complète, des fois que le moteur prenne feu, qu’une course-poursuite s’engage avec des kidnappeurs de bébés ou pour déjouer une embuscade de vampires à un feu rouge. Trois kilomètres séparaient la maternité, ce garage à éclosions,  de la maison, le nouveau nid. Jeune papa de 25 ans, je conduisais l’équipage avec une prudence de vieux garçon.

En chemin, je me remémorais le film des heures passées.

Pour venir au  monde, Sacha n’avait pas emprunté la sortie habituelle. Il était né par césarienne. Autant dire par effraction. Désappointé, le papa !

Pourtant, j’avais imaginé la scène.

Bloc opératoire, bip-bip des machines et  quatre personnes vêtues de blouses chirurgicales : le chirurgien, l’infirmière, l’anesthésiste et la sage-femme. La composition du commando. Tous ont les traits tendus, le visage masqué. Il faut délivrer le bébé Sacha. Mission possible. Sourire crispé de la maman. Elle est étendue et  à bout de force, la pauvrette.  Les contractions la déchire.  Elle transpire.  Le bip-bip devient inquiétant.  Les voyants des machines s’affolent. Tout se précipite. Il faut agir.  Trop tard pour une péridurale. « Il va falloir être forte, madame ! » intime la sage-femme.  Puis, me regardant droit dans les yeux : « Soldat-papa, votre femme a besoin de vous.  Êtes-vous prêt ? » Je bredouille n’importe quoi, un peu ahuri. Ça veut dire quoi être prêt ? Je comprends pas. Elle se fâche : « Je n’entends rien, soldat-papa ! ÊTES VOUS PRÊT ? » Je me redresse,  comme électrisé.  Je gueule : « Cheffe, oui !  OUI CHEEEEEFE ! »

Alors, le commando entre en action.

Du grand art : gestes précis, efficacité silencieuse, concentration maximale ! Le GIGN du vagin. Chacun connait son boulot.  Et l’enfant paraît.  On m’invite à couper le cordon. Ce que je fais.  Pour lui souhaiter la bienvenue, le chirurgien  dépose  le petit entre les seins de sa mère. J’éclate en sanglot. Et la sage-femme, un peu radoucie,  laisse échapper  » Félicitations, madame… » avant de quitter le bloc opératoire d’un air viril.

Mais rien ne s’est passé ainsi.

(à suivre…)  

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