LETTRE A MON ABÉCÉDAIRE

Amour : carburant cardiaque

Bonheur : concession à la perpétuité

Chagrin : morsure d’un nuage

Danger : aimant pour amants

Échec : réussite à l’envers

Facebook : tout à l’égo

Génie : handicap prestigieux

Haine : pus de l’âme

Idéal : moulin éventé

Joie : hymne fameux

Kiwi : fruit testiculaire

Larmes : preuves de vie

Merde : produit intérieur brut

Naissance : compte à rebours

Obscénité : décontraction impolie

Papa : métier à plein temps

Quéquette : boussole capricieuse

Radin : compteur électrique

Salaud : homme inoubliable

Tabac : ami qui vous veut du mal

Urètre : canal historique

Vagin : sourire vertical

Web : mange-vie

Xénophobe : homme étranger à l’humain

Yeux : double fenêtre

Zoo : scandale payant

LES SCÈNES CULTES : « Le jour se lève »

Prenez un bouquet de talents rares, assemblez-les et laissez  frémir. Tout dans « Le jour se lève » (1939) est admirable. Jacques Prévert signe des dialogues éblouissants dont le temps, (78 ans après !) n’a pas émoussé la force.

Marcel Carné, sobre et précis, laisse Gabin, Berry, Arletty et tous les autres acteurs s’emparer de ce film extraordinaire.

Cette oeuvre est unique à plus d’un titre. La chronologie du récit d’abord. Il s’agit d’un long flash-back d’une heure vingt, ce qui est alors une première dans l’histoire du cinéma. Alexandre Trauner prête sa poésie à des décors époustouflants  et le compositeur Maurice Jaubert habille l’atmosphère du film avec une musique délicate et grave.

Voici la scène de la confrontation entre Berry et Gabin.

Valentin (Jules Berry), personnage visqueux et diabolique,  ne supporte pas que deux de ses protégées soient amoureuses de François (Jean Gabin), ouvrier sableur. Valentin affabule. Il annonce alors une pseudo paternité avec un aplomb étourdissant. Il faut regarder son oeil d’aigle quand il débloque ainsi. Inquiétant.

Le Front Populaire est passé par là : Gabin se fâche non quand son rival  évoque une fois encore le sort de Françoise, l’amoureuse en partage,  mais quand Berry ose dénigrer tout à coup sa condition et son travail d’ouvrier.

Rencontre au sommet entre deux acteurs-cathédrales :

 

LETTRE AUX SEINS

 

Vous êtes poires, pommes, pamplemousses. A votre sommet,  le sourire d’une framboise ou une myrtille noyée dans une  mini-flaque caramel.  Chers seins, que vous soyez humbles, lourds ou prétentieux,  vous êtes la récréation des yeux, de la bouche et des mains. Vous êtes un visa pour l’abandon, le premier ciel du plaisir.

Votre pouvoir est immense. Vous hypnotisez.  Vous ensorcelez. Vous faites bégayer le timide qui subitement devient idiot . Roland Topor expliquait votre succès auprès des hommes « en souvenir du premier bon repas qu’ils ont fait dans leur vie« .

Mais vous êtes fragiles.

Comme le temps. Comme les gens. Non entretenus, vous vous cassez la gueule. On dirait des sacs remplis d’eau. Mais oui.  ll y a des poitrines qui vous mettent à genoux et d’autres qui vous soulèvent le cœur. Ce sont les mamelles tristes, pendouillantes , quasi dégénérées, érotiques comme un vieux dentier.  Il arrive de trouver ces cauchemars de chairs flasques sur les plages. Spectacle atroce et qui pourrait convaincre  un boucher de devenir végane.  Les aveugles, parfois, ne savent pas leur chance.

Inutile d’insister.

Chers seins, le souvenir m est resté, et ô combien, de ma première rencontre avec vous. Quelle découverte !  Je jure que Christophe Colomb lui même ne fut pas aussi ému que moi ce jour-là.

C’était un mercredi après-midi.

Il n’avait pas les cheveux blonds mon guide mais, comme l’autre,  il s’appelait Nathalie. Je nous revois dans le grand lit  de ses parents et je me souviens de  ses deux petits seins dressés comme pour une prière. Ils appelaient la caresse. Je n’osais pas. La tête me tournait.  Quel embarras ! Alors Nathalie pris l’initiative. La délicieuse prit mes mains et les déposa doucement sur sa modeste poitrine. Dans mes paumes, je sentis alors comme le duvet de deux moineaux prisonniers. C’était doux. C’était chaud. J’aurais pu rester ainsi toute la journée. Tout à coup quelqu’un frappa à la porte. Panique à bord !  Mais non. Fausse alerte. C’était nos deux cœurs qui cognaient ! Tout simplement. Et je retrouvais mes chers moineaux que je rassurais comme je pouvais.

Ah, mon Dieu ! Le bonheur tient parfois à  peu de chose.

Par exemple, à une brettelle de soutien-gorge qui a glissé.

 

 

LES SCÈNES CULTES « Un p’tit Grégory ! »

Le film-bombe ! « C’est arrivé près de chez vous » explose en  1992 dans les salles. Du jamais-vu….ni revu. Chaque scène est devenue culte. A l’origine, il s’agit d’une satyre de l’émission Strip-Tease. A l’arrivée, un film d’une stupéfiante noirceur, fou,  où il est parfois demandé aux spectateurs de supporter l’insupportable.

La séduction déjantée de Benoît Poelvoorde, qui porte le film, se révèle vénéneuse. « C’est arrivé près de chez vous  »  suit une courbe descendante. Le bon rire du début se change peu à peu en grincement. Le spectateur, piégé, endure le film et se retrouve presque complice de sa monstruosité.  « Enfin un film qui pèse, hachant la vertu en morceaux, fouillant délicieusement nos nerfs et notre cerveau. Un pur délice antimédias, zigzaguant aux frontières de la morale, sombre à faire peur, cruel, dégueulasse, à mourir de rire. Un conte de fées pour époque incrédule. Mais sans fées. L’ogre est roi. » écrit Actuel lors de  sa sortie. Gérard Lefort dans Libération « C’est une violence virtuelle pour de vraies confessions de barjot qui, s’émoussant un peu sur la distance, trouvent leur jovial salut dans une absence totale de prétention. Ce film ne pisse pas très haut mais toujours au bon endroit, là, dans nos bénitiers. »

Voici la scène du P’tit Grégory  :

LES SCÈNES CULTES : « César et Rosalie »

Dans le bombardement continue d’images publicitaires, télévisuelles, youtubesques et smartphonesques, il surnage des séquences que le temps ne peut altérer. Ce sont souvent des scènes de films. Elles laissent en vous une empreinte forte, un peu comme un croissant sur la peau  après une morsure amoureuse. La vie passe, ces images restent. Et c’est tant mieux. Vive ces pièges à émotion.

Le jeu d’Yves Montand dans cet extrait de « César et Rosalie » (1972) est prodigieux. Voulant convaincre son rival amoureux de lâcher prise au sujet de Rosalie (Romy Schneider) , son audace va crescendo.  D’un oeil inquiet, furtif,  il regarde l’effet produit sur David (Samy Frey) après chaque nouveau mensonge . Et comme cela ne fonctionne pas,  Montand franchit à chaque fois un nouveau palier…. jusqu’à s’accuser d’un crime imaginaire.

A déguster jusqu’à la mort.  César et Rosalie, film cardiaque.