HERGÉ ET SA PETITE ENTREPRISE

Hergé filmé en Belgique avec ses collaborateurs de l’ombre. Un document plutôt rare. Sont donc interviewés à leur table de travail les décorateurs qui esquissent les intérieurs des personnages et les voitures qui peupleront la BD. Nous faisons la connaissance de la coloriste qui affirme  :  « Je peins sans vulgarité » (sic) dit-elle.

Le papa de Tintin assure : « La création vient toujours de moi ».

Mais voyons, qui en douterait ?

 

LETTRE À LA BOUFFE

En France, les dineurs associent le  plaisir des mots à la saveur des mets.  Evoquer le plat que l’on apprécie augmente, semble-t-il,  le plaisir qu’on en retire.  

Rien de tel aux États-Unis où l’on mange comme on fait le plein. Pour répondre à une nécessité. 

Là-bas,  les fines gueules sont plutôt rares. Bien manger, c’est d’abord manger beaucoup.

Le pays inventeur du hamburger ignore ces marquis des papilles qui pullulent chez nous.

Ah, ces Champollion des saveurs, ces Pasteur enragés du bon goût !  Incroyables bavards baveux !  Ils connaissent  le curriculum vitae d’une viande et n’ignorent rien de l’herbage où se nourrissent les bêtes.  

Erudits arrides, ils se révèlent incollables sur la variété de la pomme de terre au bout de leur fourchette. Ils vous saoulent sur le cépage contenu dans votre verre. Votre igorance les excite. Votre inculture les enflamme. Leur hémorragie verbale, à la longue, finit par noyer l’intérêt d’un repas. Mais, soyons juste, ils véhiculent aussi de bons moments. 

Quand il s’agit des modes de cuisson,  leur science culinaire emprunte au vocabulaire amoureux : mijoter, saisir,  faire revenir, laisser frémir. Avec eux, nous découvrons qu’il y a dans notre assiette non pas le produit d’une cuisine mais une oeuvre d’art. Carrément.  Dès lors, on hésite à manger trop vite et, tout à l’heure, assis sur les toilettes, on culpabilsera un peu en tirant la chasse.

Enfant, je me souviens de cette femme qui me gardait à la campagne, lors des « grandes vacances ». Elle s’exaspérait les fois où je ne finissais pas mon assiette. Il faut dire que ses repas, souvent,  n’avaient rien d’un 14 juillet : jambon-endives, saucisses-lentilles, tripes-carottes. Plus triste, tu pleures.

J’avais cinq ans et un jour,  comme je refusais une fois encore d’ouvrir la bouche, elle disparût furieuse de la salle à manger. Elle revint bientôt avec dans sa main chiffonnée une longue tige d’ortie. Si je ne mangeais pas TOUT, elle promettait de me carresser le visage avec. J’étais déja un sale con. Je m’obstinais dans mon refus.

Alors, la méchante mit sa menace à exécution. 

Elle fit glisser la plante sur mes bras puis, tout à coup hors d’elle, elle me barbouilla le visage tout entier. Sur les zones atteintes, je ressentis rapidement la morsure d’un feu terrible. Je hurlais de douleur. Mes cris stridents déclenchèrent les aboiements du chien de la famille et tout  ce barouf  alerta la fille de la sorcière, une jolie brune d' »au moins 16 ans ». Elle m’ emporta d’autorité, non sans avoir au préalable engueulé sa mère pour son « inconscience ». J’étais sauvé. 

De ce pénible épisode, je garde une détestation terrible pour ces aliments-là mais aussi un amour immodéré pour les fées salvatrices.  

Elles se reconnaîtront.


ABÉCÉDAIRE EROTIQUE

Amour :  en avoir pour être

Baiser : antichambre


Cernes : virgules du plaisir 


Désir : eusophage  central


Érection : lever de bouclier


Fellation : tour de bises


G : point qui reste à éclaircir 


Homos : entre soi


Infidèle  : fidèle à soi-même  


Jouissance : apéritif d’éternité 


Kamasoutra : bande dessinée 


Lèvres (petites) : sourire mouillé 


Mamelon : îlot d’un océan pacifique 


Nymphomane : vos désirs font désordre 


Orgasme : incendie volontaire


Partouze : transport en commun 


Quéquette  : pistolet à moustache 


Reins : chute indolore


Seins : globes-trotteurs 


Sodomie : porte d’entrée d’une sortie


Titiller : agacement prometteur


Usiner : travail de fond 


Vénus :  démons et merveilles


Waouh (!) : lever de rideau


X : film avec queues et têtes


Yeux : bavards silencieux 


Zézette : épouse X

RENCONTRE AVEC MARCEL DUCHAMP

Interview réalisée en 1966, deux ans avant la mort de l’artiste. Marcel Duchamp parle de tout en liberté  : du scandale de l’urinoir R’Mutt à New York, pourtant selon lui « Ni obscène ni érotique, ni pornographique… », de  La Mariée mise à nu par ses célibataires même,  du génie, du son des mots plutôt que leur sens, de la médiocrité… Dans ses propos, tout est neuf et rafraîchissant.

« L’histoire de l’art ne commence qu’après la mort de l’œuvre »  affirme-t-il

JANE BIRKIN ET SERGE GAINSBOURG

Deux vidéos rares pour évoquer la relation Gainsbourg-Birkin. En 1985, Jane Birkin ouvre les portes de sa maison à une équipe de télévision belge. Elle accepte de montrer des films de famille tournés en 8mm.  Un premier mariage puis l’arrivée de Serge…Les souvenirs se bousculent au portillon…

Douze ans plus tôt, en 1973, le couple mythique semble être au sommet de leur relation. Cette fois, ils  sont dans un hôtel à Bruxelles pour répondre à une interview. Ils échangent sur le métier d’actrice, l’amour- passion, « Je t’aime moi non plus » etc. Rien de transcendant ni d’inoubliable dans les propos qui s’effilochent un peu. Non, rien d’exceptionnel, si ce n’est le bonheur d’être ensemble qui irradie chacune des images…

LETTRE AUX RICHES

Chers Riches,

Vous prospérez entre vous, dans vos robes de chambre de certitudes. Votre souci n’est pas tant de gagner de l’argent que de ne pas en perdre. Votre travail, inédit à Pôle-emploi, est de tenir votre rang. Un boulot à plein temps. 

Ah, les apparences ! Elles vous tiennent lieu de ciment et de passeport, cette façon de se comprendre en silence, d’un regard entendu, cette ironie complice… cette certitude d’être au dessus du lot, du panier, de tout. Elle signe votre mépris pour tous les autres qui n’ont ni votre sang ni vos ovules ni votre sperme. 

Vous observez les pauvres avec un intérêt d’entomologiste. Vous les regardez au 20h se débattre dans leurs problèmes de mouise mais très vite, ils vous agacent. Et vous les congédiez  d’un battement de cils ou d’un coup de zapette. Vos femmes sont des pondeuses, des mères-Carambar cramées au soleil d’Ibiza ou de Saint Bart’. Elle traquent le gluten pendant que leurs maris braconnent la minette. Des lunettes noires habillent le visage de vos filles. Elles leur prêtent un peu de mystère. Elles surlignent leurs moues boudeuses de têtes à claques. Vos fils sont de féroces bandeurs. Ces jeunes coqs, dépositaires du nom de famille, embrochent à tour de queues une volaille qui n’est jamais de basse-cour. 

La mésalliance est, en effet, votre cauchemar. Elle fissurererait votre réputation, ruinerait des années d’écoles privées, de rallyes, de scouts toujours, de vacances entre amis a-do-rables. Votre système de reproduction, dûment élaboré,  ne saurait souffrir d’un tel accident de parcours. Il ferait tâche dans les colonnes du Figaro à la page des naissances. 

Vous vous faites mousser au champagne pendant que les autres se noient au mousseux. Vous avez la fourchette précieuse et le rot domestiqué. Chez Madame, les règles sont des menstruations et chez Monsieur les problèmes de prostate « des petits embêtements. » La santé chez vous n’est pas une prison mais un souci. Vos testaments sont des oeuvres d’art, vos héritiers des dépositaires.

Sur vos tombes, où nous économiserons notre salive, sont gravés vos particules et vos titres. Distinction dérisoire. Dérisoires comme vos vies, comme les nôtres, comme tout ce qui se croit important ici-bas. Ne vous déplaise, la mort est socialiste. Elle rétablit l’égalité parfaite. Mais vos tombes nous laissent de marbre.

A jamais.

SINE CONTRE TOUS ET TOUT CONTRE

1962. Siné reçoit l’écrivain et journaliste Jacques Sternberg, très fin connaisseur du dessin et de la caricature. L’interview est entrecoupée de nombreux dessins de Siné, qui forment un réjouissant jeu de massacre.

Tout y passe : les flics, les curés, les militaires… « Oui, l’humour est une arme de combat, avant d’avoir une mitraillette ou autre chose… »

LEO FERRE CHEZ DENISE GLASER

Léo et Denise Glaser, une complicité bon enfant, faite de silences et de respect mutuel. Cette émission tournée en 1974 en est une preuve édifiante.

Léo se confie comme rarement et il y a dans les yeux de « La Glaser » une douce bienveillance, presque de l’attendrissement pour cet invité qui ouvre ainsi son coeur.

L’ histoire de Denise Glaser est tragique.

Fin des années 60, pendant 15 ans, la journaliste-productrice s’emploie à faire découvrir des artistes en devenir ou parfaitement inconnus. Parmi celles et ceux qui viennent à Discorama citons Nino Ferrer, Barbara , Serge Gainsbourg , Jean Ferrat, Anne Sylvestre, Catherine Lara, Maxime Le Forestier…

Virée par Giscard en 1975, elle n’aura de cesse que d’essayer de revenir sur le « petit écran ». En vain. On n’aime pas « sa sensibilité de gauche » et ses prises de position au cours de mai 68.

Quand Mitterrand arrive, en 81, elle pense que cette fois, le purgatoire va cesser.  Erreur.  Les producteurs la baladent de promesses en promesses. Tout le monde l’a oublié.  Elle vit dans une solitude inhumaine. Le téléphone ne sonne plus et un jour la maladie se déclare. Elle décède  le 6 juin 1983. Seules seront présentes à Valenciennes pour ses obsèques  Catherine Lara et Barbara.

Catherine Lara dira : « Quand Denise est morte, on était deux à l’enterrement : Barbara et moi. On s’est regardé toutes les deux, la grande et la petite, on s’est dit : « Putain, il n’y a pas grand monde ! ». Que c’est triste l’ingratitude des gens ! »

 

Denise Glaser avait 62 ans.