SAINT-EXUPERY ET HENRI JEANSON

Saint-Exupery était aviateur, écrivain et poète, Henri Jeanson était journaliste, scénariste et dialoguiste. Une solide amitié cimentait les deux bonshommes. Le poète disparu en juillet 44. Le journaliste-polémiste en novembre 1970.

En 1960, à l’occasion d’un hommage à Saint Ex, la télévision française se rendit chez Henri Jeanson pour recueillir quelques souvenirs sur son ami. Diamant d’émotion !

ALBERT CAMUS : « Pour vivre dans la vérité, jouez la comédie ! »

Dans ce monologue étourdissant, Albert Camus déclare sa flamme pour le théâtre « un couvent, où l’agitation du monde meurt au pied de ses murs. » . Selon lui, le mensonge des êtres tombe aussitôt face à la vérité de la scène.

Oxygène pure de l’intelligence. Merci Albert Camus.

AUTRE VIDÉO D’ALBERT CAMUS : « Les puissants sont souvent les ratés du bonheur »

 

 

MORAVIA, PASOLINI ET BARDOT

En octobre 1963, quelques mois avant la sortie du film « Le mépris » ( « Le film est bon mais je me suis contraint à oublier le roman » dit-il. Il faut le voir comme une oeuvre originale, indépendante du roman…), focus sur Alberto Moravia.

Pasolini évoque son amitié pour l’écrivain. Le cinéaste revendique l’influence de « son merveilleux rationalisme  » et Claudia Cardinale et Brigitte Bardot évoquent l’écrivain, d’une façon, disons, où personne ne court le risque d’attraper une  méningite…

GEORGES PEREC NOUS DIT DES CHOSES

Georges Pérec publie en 1965 « Les choses », roman génial couronné par le  Prix Renaudot. Trois ans avant 1968,  l’écrivain dénonce avec subtilité la société de consommation qu’il voit grandir comme une tumeur.

Il n’y a pas encore eu de roman, de récit, qui présente les personnages vivant à l’intérieur de cette société, soumis à la pression du marché. C’est cela mon livre » expliquait Pérec.

De quoi parle ce roman sociologique ?
Jérôme, vingt-quatre ans, et Sylvie, vingt-deux ans, sont enquêteurs  pour des instituts de sondage. Toute la journée, ils questionnent des anonymes : « Pourquoi les aspirateurs-traîneaux se vendent-ils si mal ? Que pense-t-on, dans les milieux de modeste extraction, de la chicorée ? Aime-t-on la purée toute faite, et pourquoi ?… »  Derrière ces questions, des industriels et des publicitaires qui vont créer du désir pour  ces « choses ».

En possédant ces « choses », les possédants sont, en fait, des possédés, soumis à de multiples désirs qu’ils croient naturels. Comme le flot des objets se renouvelle sans cesse, ils vont d’une insatisfaction à une autre, sans cesse frustrés de ne pas posséder le « dernier cri ».  Le désir commande, impérieux. Au point d’oublier de vivre.

« Jérôme et Sylvie ne croyaient guère que l’on pût se battre pour des divans Chesterfield. Mais c’eût été pourtant le mot d’ordre qui les aurait le plus facilement mobilisés. » écrit Pérec.

Artiste magnifique, roman génial dont la pertinence est, on le voit, d’une extraordinaire modernité… A propos, à quand le nouvel I phone  ?

FABRICE LUCHINI EN VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT

Luchini et sa tête de truite ahurie.. Le voici dans une sobriété de jeu  bienvenue. Le comédien s’empare de la langue de Céline et nous balade dans un « Voyage au bout de la nuit » quasiment nouveau. Il semble habité par son rôle de récitant. Qu’il est bon, cet air vicié ! Les subtilités de la langue apparaissent, les personnages prennent vie. Et nous restons scotchés.

En 1988, Arte eut la bonne idée de faire une captation de ce spectacle. En voici un extrait :

ELIE WIESEL

« La mort est quelque chose de criminel. C’est un péché, un scandale contre la création. » Discussion philosophie autour de la mort et de la culpabilité avec Elie Wiesel, écrivain et philosophe,  Prix Nobel de la Paix 1986 et qui fut rescapé de Auschwitz puis de  Buchenwald.

Malgré une photo prise dans le camp de Buchenwald et la parution de son plus célèbre ouvrage, La Nuit,  (« Jamais je n’oublierai cette nuit, la première nuit de camp, qui a fait de ma vie une nuit longue et sept fois verrouillée. Jamais je n’oublierai cette fumée. Jamais je n’oublierai les petits visages des enfants dont j’avais vu les corps se transformer en volutes sous un azur muet »)  la réalité de cette déportation fera l’objet vives critiques, sinon de doutes, de la part de deux historiens engagés contre le négationnisme :  Miklos Grüner et  Pierre Vidal-Naquet.

Il n’en demeure pas moins que les mots de cette  interview sont puissants. Obama, à sa mort, saluera « l’une des grandes voix morales de notre temps, et, à bien des égards, la conscience du monde ».

GEORGES SIMENON

Simenon voyait tout et comprenait beaucoup. La banalité du quotidien, il en faisait comme un caviar d’imaginaire, un champagne d’émotions. Et demain, tout à l’heure, l’année prochaine, cette farandole  d’odeurs, de lieux, d’étreintes, de phrases entendues, échangées, rapportées, tout cela irriguerait son œuvre.
Simenon n’était pas l’homme des grandes épopées ni le promoteur des vies héroïques et spectaculaires. Il était l’observateur de gens gris, souvent médiocres et qui se révélaient à l’occasion d’un évènement. « Un personnage de roman, affirmait-il, c’est n’importe qui dans la rue, mais qui va jusqu’au bout de lui-même »

Simenon, architecte des petits rien ? Peut-être. Mais une fois retrouvés et habilement agencés dans une charpente dramatique, ces petits riens donnaient une véracité inouïe à ses romans, une saveur unique d’authenticité, cette fameuse « atmosphère Simenon ». (…)

Mais toute la gloire du monde ne saurait apaiser une souffrance intime et tenace.
Simenon, en effet,  n’aura jamais pu conquérir le cœur de Henriette Simenon, sa mère. Entre Georges et sa mère, pendant leur existence commune, ce sera une froide politesse. A l’automne de sa vie, en 1974, il enregistre sur magnétophone « Lettre à ma mère ». En quatre vingt pages, l’écrivain fait l’autopsie d’une solitude à deux. L’ouvrage est le récit d’une navrante incommunicabilité :  » Ma chère maman, écrit-il, voilà trois ans et demi environ que tu es morte à l’âge de quatre-vingt-onze ans et c’est seulement maintenant que, peut-être, je commence à te connaître. J’ai vécu mon enfance et mon adolescence dans la même maison que toi, avec toi, et quand je t’ai quittée pour gagner Paris, vers l’âge de dix-neuf ans, tu restais encore pour moi une étrangère. Je me demande si tu ne m’as jamais pris sur tes genoux. En tout cas, cela n’a pas laissé de traces, ce qui signifie que ce n’est pas arrivé souvent (…) Nous ne nous sommes jamais aimés de ton vivant, tu le sais bien. Tous les deux, nous avons fait semblant. » 
Nulle rancune, aucun jugement. Pourquoi cette morgue ? C’est que Henriette lui préférait son frère, Christian. Il était le cadet, l’enfant chéri né trois ans après lui. Christian, c’est un peu la mauvaise conscience de la famille Simenon. Il est le frère « collabo », qui sera à la tête de l’une des expéditions punitives à Charleroi qui coutera la vie à 27 civils. Sur les conseils de Simenon, pour échapper à la justice, il deviendra  légionnaire mais sera tué en 1947 lors d’une embuscade au Vietnam, près de Hanoi. Au téléphone, apprenant la nouvelle,sa mère assènera à Georges :  » C’est à cause de toi que Christian est mort ! Pourquoi est-ce lui qui est mort et pas toi ? C’est toi qui l’as tué ! »
Cette tragédie achèvera de distendre les liens entre la mère et le fils. Henriette ne veut rien devoir à personne et, sa vie durant, elle refusera d’encaisser les chèques que son fils lui donnait régulièrement. Un jour, même, elle les lui rendra froidement. Simenon n’hésitera pas à lui dire : « Tout le monde m’admire, sauf toi« .

Pour lire l’article  » Il y a 25 ans, Simenon cassait sa pipe » dans son intégralité : c’est ici

ANDRÉ BRETON

André Breton évoque la parution de la revue « La révolution surréaliste » (décembre 1924).  Il convoque à sa mémoire Freud, Eluard, Aragon, René Guénon, Paul Claudel (et tant d’autres !)  

Son analyse  (il aime être précis et ses propos ont été écrits pour les besoins de l’ émission) est d’une intelligence étourdissante. A déguster lentement. A savourer, donc.  Un document rare.