ROMAIN GARY

« Vous ne pouvez pas attendre de la vie d’avoir un sens. Vous devez lui en donner un. » écrit-il. Écrivain majeur, homme de légende, personnage secret et flamboyant,  Romain Gary, de son vrai nom Roman Kacew,  fut le metteur en scène de sa propre vie.

Et quelle vie !

Naît en 1914 à Vilnius, en Lituanie,  il est naturalisé français en 1938. Après avoir été aviateur dans les Forces aériennes françaises libres, il est fait Compagnon de la Libération, une des plus hautes distinctions en France. Il commence après-guerre une carrière de diplomate et d’écrivain et remporte son premier Prix Goncourt en 1956 pour son roman « Les racines du ciel ».

Malgré tout, si on l’adule en Allemagne, à Londres ou à New York, ses confrères français, vraisemblablement mordus de jalousie, continuent de faire la fine bouche et de discuter son style.

« L’inaccessible, on le fabrique soi-même » dit-il.

Le 2 décembre 1980, Romain Gary se suicide d’une balle de pistolet dans la bouche. Il laisse une lettre à ses côtés :

«Jour J

Aucun rapport avec Jean Seberg. Les fervents du cœur brisé sont priés de s’adresser ailleurs.

On peut mettre cela évidemment au compte d’une dépression nerveuse. Mais alors il faut admettre que celle-ci dure depuis que j’ai l’âge d’homme et m’aura permis de mener à bien mon œuvre littéraire.

Alors, pourquoi? Peut-être faut-il chercher la réponse dans le titre de mon ouvrage autobiographique La nuit sera calme et dans les derniers mots de mon dernier roman: «car on ne saurait mieux dire». Je me suis enfin exprimé entièrement. Romain Gary.»

Quel bonheur cet entretien ! :

 

ALPHONSE BOUDARD PAR LUI-MEME

Personnage truculent, écrivain éblouissant, homme rare, Alphonse Boudard s’est éteint le 14 janvier 2000 dans un hôpital, à Nice. J’ai appris sa mort, un samedi,  en achetant Le Monde. Un coup de poing. Je n’y crois pas. Et pourtant c’est vrai. Je lis et relis encore l’article.  Mon rêve, qui était de le rencontrer,  ne se réalisera donc pas. Je suis effondré. Boudard possédait un don magique, celui de faire rire, et rire aux éclats, en racontant  les horreurs de la vie. Cette non-rencontre est une leçon qui me restera : il faut dire aux gens qu’on les aime quand ils sont vivants. C’est important.

Sur son lit d’hôpital, Alphonse Boudard avait griffonné ces quelques lignes avant de mourir  : « Cette fois, c’est le palpitant qui me trahit, le salaud. Le malaise en plein voyage aérien, pour me rendre à Nice. J’ai eu droit à tout le cérémonial. Les brancardiers, l’ambulance et l’hosto. (…) De ma fenêtre, je vois une superbe rangée de cyprès, délicate attention pour envisager l’avenir. (…) Fort heureux, j’ai un roman assez guilleret qui va orner les vitrines des librairies au mois d’avril. Qu’il soit pas posthume, c’est tout le mal que je me souhaite. »

François Bot, journaliste au Monde,  écrira :  « Alphonse a inventé son propre langage, très savoureux, où les gauloiseries, les truculences et l’argot des voyous rencontrent la petite musique des nostalgies. (…) Boudard a réuni la plus belle collection d’escrocs, de truands, d’affreux et de pieds-nickelés. »

Et  moi,  qui relis régulièrement ses ouvrages  (La Métamorphose des cloportes, La Cerise, Bleubite, L’Hôpital, Cinoche, Les Combattants du petit bonheur, Le Corbillard de Jules, Le Banquet des léopards, Le Café du pauvre, L’Education d’Alphonse, Mourir d’enfance etc.)  je me dis que son oeuvre fait tellement de bien qu’elle devrait être remboursée par la Sécu.  Merci Alphonse !

OCTAVE MIRBEAU, L’ENRAGE

De tous les amis intimes de Sacha Guitry, Octave Mirbeau occupe une place particulière, une place de choix. Sans doute Sacha est-il impressionné par le courage de cet homme passionné, ce pamphlétaire de choc,  véhément jusqu’à la violence, féroce à la limite de la cruauté.

Si Guitry est du champagne, Octave Mirbeau, lui, est un alcool fort. La séduction de Guitry relève de la caresse, celle de Mirbeau du poing dans la gueule.

Sacha aimait citer ce mot de Jules Renard au sujet d’Octave Mirbeau : « Mirbeau se lève triste et se couche furieux. »

Ce que Guitry confirme : « Et c’était vrai. Triste, il l’était à son réveil en pensant aux injustices qui allaient se commettre – furieux en se couchant, il l’était de ne pas les avoir toutes réparées. Il faut avouer d’ailleurs que cet état d’indignation dans lequel il vivait favorisait singulièrement ses éclats magnifiques. « .

Ecoutons aussi  l’écrivain Albert Adès évoquer ce maître de la véhémence :  » Tout ce qui pensait, tout ce qu’il aimait, tout ce qu’il voulait étant nouveau, il ne parvenait à l’imposer qu’à force de violenter l’esprit rétrograde qui s’opposait à lui ».

Merveilleux Mirbeau qui découvrit  Van Gogh, Gauguin et Camille Claudel. Il  signala leur génie à ses contemporains tristement moutonniers et incroyablement aveugles. Zola dira de lui qu’il est «  Le justicier qui a donné son cœur aux misérables et aux souffrants de ce monde ». Et, enfin, relisons « Le Journal d’une femme de chambre », « Les affaires sont les affaires », « Le jardin des supplices ». Ses mots incendiaires continuent de nous chauffer le coeur.

 

ALBERT COHEN : « Je rêve mes livres »

1970. Albert Cohen entrouvre son coeur à domicile. Dans cet entretien rythmé par les cigarettes, l’écrivain, l’oeil malicieux, le verbe précis, évoque son amitié avec Pagnol, une journée de travail, sa fascination lucide pour les femmes mais il refuse de parler de ses livres « Je ne parle pas des rapports intimes, se justifie-t-il. C’est un acte d’amour et l’on n’en parle pas, des actes d’amour… ». Entretien magnifique avec un immense monsieur.

MARCEL PAGNOL, LE PERE ET LA GLOIRE

Chez de nombreux « littéraires », j’ai souvent perçu comme un petit rictus méprisant quand il est question de Marcel Pagnol. La popularité excite les jaloux. Son style cristallin doit agacer les grippés du stylo. Pourtant, l’univers de Pagnol, que certaines personnes trouvent « simplet », « gentillet »  est, en réalité,  d’une férocité terrible. La pièce « Topaze », pour ne citer qu’elle,  est dévastatrice.
Marcel Pagnol, homme pudique, parlait assez peu de sa famille dans la vie. Écoutez-le évoquer la mémoire de son père. Il est sans concession  :

BORIS VIAN, MON FRERE, MON MARI

Document poignant.

Il réunit les témoignages de son frère, Alain Vian,  et de celle qui a partagé ses dernières années, Ursula Kübler, filmé dans son appartement de Montmartre, parmi les livres et objets de l’écrivain. On a un peu le sentiment qu’il peut rentrer à tout instant. Au milieu de cette archive, le poème « Je voudrais pas crever » dit par Pierre Brasseur. Boris Vian, une vie foudroyée. Et le sentiment d’un immense gâchis.