ÉCHANGE AVEC PABLO PICASSO

« Mes toiles sont comme des mémoires que l’on s’écrit soi-même » (…) « J’aime beaucoup les gens. Mais j’aimerai aussi un bouton de porte, un pot de chambre ! « 

Entretien simple et bon enfant réalisé en 1966 avec ce génie du 20ème siècle.  On remarquera son œil toujours vif et pénétrant au cours de cet échange

LETTRE AUX RUPTURES

Chères Ruptures,

Vous êtes la fin du voyage amoureux, un terminus sentimental qui ouvre droit… à un nouveau départ !

Bien sûr, la secousse cardiaque, bien entendu la rosée de larmes, évidement un orgueil malmené mais surtout, surtout,  et pour les deux parties, une liberté recouvrée !

Mais ce moment est délicat.

Il requiert un vrai courage, quelques grammes d’élégance. Ce moment si particulier, on s’y rend comme une visite chez un dentiste : en espérant ne pas avoir trop mal.  La personne un peu chic (mot démodé, tant pis…) évitera au préalable l’engueulade au téléphone, le SMS-SS, le silence de l’amer.

Dis moi comment tu quittes et je te dirais qui tu es.

C’est d’ailleurs un peu la roue de l’infortune. Combien de couples se sont véritablement découverts devant un juge aux affaires familiales ?

Chère Ruptures,

Nous ne sommes pas naïfs, allez.

Nous savons que vous pouvez aussi engendrer des rages froides et tenaces.

  « Après tant de bontés dont il perd la mémoire.

  Lui qui me fut si cher, et qui m’a pu trahir,

 Ah ! Je l’ai trop aimé pour ne le point haïr.»

(«Andromaque/ Acte 2 »)

C’est la variante : dis moi comment tu quittes et je te dirai qui te hais.

Et de me souvenir d’un confrère journaliste, Pascal de son prénom. Depuis vingt ans, il était englué dans une haine féroce contre son ex-femme.  (C’est d’ailleurs bien connu, quand on se haine, on a toujours vingt ans…).

Bref.

Un jour – miracle ! –  les deux agités agitent le drapeau blanc !  Sont-ils à sec de venin ?   Épuisés par les innombrables coups tordus ?  Quoiqu’il en soit, l’impensable se produit : Pascal redémarre sa vie avec son ex-ennemie intime !

La détestation de l’autre a soudainement fondu.

Les vieux fauves sont marqués par ces années de querelles.  Ils ont les crocs limés, la griffe molle et traînent la patte pour se rendre chez le médecin. Chacun, bien entendu,  n’a rien oublié des saloperies de l’autre. Mais il n’y a plus de sujets qui fâchent. Dans la dernière ligne droite de leur vie, chacun, à présent,  désire souffler, se reposer un peu… avant de se reposer définitivement.

L’échec d’une rupture.

 

 

 

 

LETTRE AUX SCANDALES

 

Chers Scandales,

Avec vous, nous avons le choix de l’embarras.  Mais vous ne faites que passer. Triste farandole. Elle lasse notre empathie et  lisse notre indignation.

Et pourtant, il y aurait de quoi vomir, dégueuler, dégobiller, gerber…

Au mois de juillet, un poète chinois  décédait après 8 années de prison. Cet insolent avait eu le toupet de demander davantage de démocratie dans son pays. Impardonnable. Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix, est mort d’un cancer dans un hôpital. Les autorités chinoises -qui ne doivent pas aimer la poésie-  refusaient qu’ il aille se faire soigner à l’étranger.

La « communauté internationale » s’est émue. Elle en a l’habitude. Une minute trente au journal de 20h plus tard et  l’affaire était oubliée. Mais sa veuve, Liu Xia, n’a pas tout perdu. Elle a hérité du harcèlement des autorités. Qui s’en préoccupe ?

Voilà quelques semaines, un rockeur-frappeur frappait  encore. Cette fois, c’était l’opinion.  Il s’affichait à la une d’un hebdomadaire-torchon. Ce grand incompris y  confiait ses affres de créateur. Mauvaise idée. Brasero d’invectives ! Tollé général ! Facebook et Twitter  changés en réchauds sociaux !  Feu de paille médiatique. Il a opportunément réchauffé les ventes d’un CD et enfiévré le tirage du torchon. Nul doute qu’il brulera à nouveau. Si la messe est dite, la prière l’est aussi :

Je vous salue, Marie pleine de grâce ;
Le Saigneur est avec vous.

Chers scandales,

Finalement, vous vous chassez l’un l’autre.

L’Affaire Weinstein, avec son lot de révélations crapoteuses,  a permis de guérir quantité  de personnes atteintes d’amnésie. Et les vilains souvenirs de remonter à la surface, comme des bulles puantes dans un bain.
Et les langues de se délier, partout dans le monde. Non pour rouler des pelles mais pour peler des lourds.
L’arsenal législatif  a-t-il à ce point rendu les armes ? Il faudrait d’abord l’utiliser pour condamner, et condamner vraiment, cette basse-cour riche en coqs, poules et autres porcs.

Sur la toile, ces flics du slip sont souvent  des anonymes. Méfiance. On sait pourtant combien il peut être criminel de dénoncer ainsi telle ou telle personne. La mémoire de l’Histoire  à des recoins sinistres. S’il est utile de le savoir, il est toujours dangereux de s’en inspirer.

Oui, à vomir.

 

LETTRE À LA BOUFFE

En France, les dineurs associent le  plaisir des mots à la saveur des mets.  Evoquer le plat que l’on apprécie augmente, semble-t-il,  le plaisir qu’on en retire.  

Rien de tel aux États-Unis où l’on mange comme on fait le plein. Pour répondre à une nécessité. 

Là-bas,  les fines gueules sont plutôt rares. Bien manger, c’est d’abord manger beaucoup.

Le pays inventeur du hamburger ignore ces marquis des papilles qui pullulent chez nous.

Ah, ces Champollion des saveurs, ces Pasteur enragés du bon goût !  Incroyables bavards baveux !  Ils connaissent  le curriculum vitae d’une viande et n’ignorent rien de l’herbage où se nourrissent les bêtes.  

Erudits arrides, ils se révèlent incollables sur la variété de la pomme de terre au bout de leur fourchette. Ils vous saoulent sur le cépage contenu dans votre verre. Votre igorance les excite. Votre inculture les enflamme. Leur hémorragie verbale, à la longue, finit par noyer l’intérêt d’un repas. Mais, soyons juste, ils véhiculent aussi de bons moments. 

Quand il s’agit des modes de cuisson,  leur science culinaire emprunte au vocabulaire amoureux : mijoter, saisir,  faire revenir, laisser frémir. Avec eux, nous découvrons qu’il y a dans notre assiette non pas le produit d’une cuisine mais une oeuvre d’art. Carrément.  Dès lors, on hésite à manger trop vite et, tout à l’heure, assis sur les toilettes, on culpabilsera un peu en tirant la chasse.

Enfant, je me souviens de cette femme qui me gardait à la campagne, lors des « grandes vacances ». Elle s’exaspérait les fois où je ne finissais pas mon assiette. Il faut dire que ses repas, souvent,  n’avaient rien d’un 14 juillet : jambon-endives, saucisses-lentilles, tripes-carottes. Plus triste, tu pleures.

J’avais cinq ans et un jour,  comme je refusais une fois encore d’ouvrir la bouche, elle disparût furieuse de la salle à manger. Elle revint bientôt avec dans sa main chiffonnée une longue tige d’ortie. Si je ne mangeais pas TOUT, elle promettait de me carresser le visage avec. J’étais déja un sale con. Je m’obstinais dans mon refus.

Alors, la méchante mit sa menace à exécution. 

Elle fit glisser la plante sur mes bras puis, tout à coup hors d’elle, elle me barbouilla le visage tout entier. Sur les zones atteintes, je ressentis rapidement la morsure d’un feu terrible. Je hurlais de douleur. Mes cris stridents déclenchèrent les aboiements du chien de la famille et tout  ce barouf  alerta la fille de la sorcière, une jolie brune d' »au moins 16 ans ». Elle m’ emporta d’autorité, non sans avoir au préalable engueulé sa mère pour son « inconscience ». J’étais sauvé. 

De ce pénible épisode, je garde une détestation terrible pour ces aliments-là mais aussi un amour immodéré pour les fées salvatrices.  

Elles se reconnaîtront.


ABÉCÉDAIRE EROTIQUE

Amour :  en avoir pour être

Baiser : antichambre


Cernes : virgules du plaisir 


Désir : eusophage  central


Érection : lever de bouclier


Fellation : tour de bises


G : point qui reste à éclaircir 


Homos : entre soi


Infidèle  : fidèle à soi-même  


Jouissance : apéritif d’éternité 


Kamasoutra : bande dessinée 


Lèvres (petites) : sourire mouillé 


Mamelon : îlot d’un océan pacifique 


Nymphomane : vos désirs font désordre 


Orgasme : incendie volontaire


Partouze : transport en commun 


Quéquette  : pistolet à moustache 


Reins : chute indolore


Seins : globes-trotteurs 


Sodomie : porte d’entrée d’une sortie


Titiller : agacement prometteur


Usiner : travail de fond 


Vénus :  démons et merveilles


Waouh (!) : lever de rideau


X : film avec queues et têtes


Yeux : bavards silencieux 


Zézette : épouse X

LETTRE A DIEU

Cher Dieu,

je viens de trouver ton mail. Je t’écris donc en priant le ciel, chez toi, pour que mes mots ne finissent pas dans ta corbeille, parmi les spams et autres fichiers pornos.

Je te sais très sollicité.  Malgré tout,  je veux croire que tu m’accorderas une miette de ta légendaire bienveillance .

Tu admettras que mes dernières sollicitations remontent à loin. Très loin.

J’avais dix ans et je te priais de faire crever mes parents. Tu devais être occupé. Ils sont toujours vivants.

Quelques années plus tard, amoureux fou d’une fée gentille, je t’implorais dans le silence de la nuit pour que cet amour survive au temps qui passe. Tu devais dormir. La belle, depuis, s’est mariée avec un gendarme !

Aujourd’hui, sans vouloir te commander, pourrais-tu te bouger le cul et inventer quelques bricoles ?  Au gré d’une éclaircie dans ton emploi du temps, merci donc d’imaginer :

  • un logiciel, type Google Maps, pour retrouver les amours perdus
  • un logiciel, type Skype, pour parler avec nos disparus
  • Une gomme de clown pour effacer les larmes des tout-petits
  • Un visa courte durée, non renouvelable, pour les maladies longue durée (non valable pour les dictateurs et autres salopes)
  • Un bâton-Moïse pour écarter la méditerranée et sauver les migrants.
  • Un crédit à 0%, taux fixe, pour toutes les choses de l’amour

Tout cela n’est pas grand chose pour un gaillard comme toi.  Et merci de ne pas invoquer un éventuel manque de pognon pour accomplir ces miracles. Une piste : la Bible s’est bien vendue. Va donc récupérer tes droits d’auteur !

A bientôt ?

Bien des choses.

 

 

 

 

LETTRE A GÉRARD DEPARDIEU

Cher Gérard,

Dans l’Obs de cette semaine, tu déclares : « Je peux écouter Brel parce que c’est théâtral et que ce n’est pas très bon. Je peux écouter Ferré, parce que c’est nul, à l’exception, disons, des poèmes d’Aragon qu’il a mis en musique… »

Merci à toi.  Ce jeudi 5 octobre 2017, tu lèves mes doutes. Je sais maintenant que tu es un très gros con.

Fidèle à ta provoc de beauf-buffle, tu dézingues à tout va : Elvis Prestley, Bill Halley, Eddie Cochran, Johnny Hallyday qui tous ne relèvent, selon toi,  que d’ « une soupe dégueulasse ».

Oui, tu nous ouvres les yeux.

Écraser, détruire, lâcher de gros  étrons sur les autres..  Mettre une majorité de bourrins dans sa poche et envelopper le tout avec des rires gras en guise de papier-cadeau. Le talent.

Une méthode sans doute héritée de ton copain Poutine. A moins que ce ne soit celle de « ton ami », le président de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, deux démocrates, deux grands incompris selon toi.

Pour mémoire, le premier « couvre » le harcèlement judiciaire, les emprisonnements arbitraires et l’exil, voire l’assassinat de personnalités. Le second a lancé une campagne de répression contre les personnes homosexuelles ou considérées comme telles. De sales pédés et gouines qui seraient traqués, arrêtés et torturés dans les geôles secrètes du régime. Bien fait pour eux, hein ?

Aux droits de l’Homme, tu préfères le doigt de l’Homme. Le majeur. C’est un choix.

On dira : « Mais quel rapport entre ces artistes et ces hommes politiques ? » Il y en a un. C’est le discernement. Tu es désormais incapable de faire la part des choses.  Tu écrases tout avec ta délicatesse bovine. Tu continues de jouer ce personnage grotesque qui veut nous persuader qu’il est resté  un aimable funambule, un poète tonitruant « à vif, »  « à fleur de peau ».

Qui est dupe ?

Mais enfin, voyons, ouvre donc les yeux ! Les gens qui viennent t’applaudir aujourd’hui le font pour saluer la légende, voir la bête de près, humer tes postillons d’alcoolique, respirer ta sueur malsaine.  Du fétichisme. Pour les plus lucides, il y a belle lurette que l’artiste ne va plus très fort (et ce mot rime avec mort.)

Cher Gérard,

je t’ai croisé deux fois et je dois dire que la chose est restée inoubliable.

La première, c’était dans un restaurant chic avenue Montaigne, à Paris. Ta table était toute proche de la mienne. Impossible de t’ignorer. Tu te foutais bruyamment de la gueule de Georges Cravenne, le créateur de la cérémonie des César.  Il était là. Tu gueulais à son endroit :  « Ah ! Mais quoi ? Qu’est’ce qu’il dit, là,  le vieux? «  Tes compagnons de fourchette se régalaient. Pensez donc ! Un scandale pour eux tout seuls ! Et moi je regardais Georges Cravenne. Il semblait  peiné. Et j’étais un peu triste pour lui.  Attaquer ainsi publiquement un homme âgé, c’est pas terrible, terrible, tu sais..

La seconde fois, c’était un dimanche. Tu étais devant l’Assemblée nationale.  Sanguin, tu faisais des moulinets avec tes bras comme on le fait pour chasser des mouches. Tu semblais exaspéré par tout. Et j’ai changé de trottoir.

Pourquoi s’en prendre aujourd’hui à Brel et surtout à Ferré « le nul » ?  Mais qui es tu pour parler ainsi ? Et, surtout,  qu’es tu devenu ? Tu attaques deux hommes qui ne sont plus là pour te répondre. Tu conchies deux œuvres. Et ces deux poètes-là étaient deux soleils. Ils continuent de réchauffer des âmes esseulées.

Vois-tu, entre eux,  les soleils ne se font pas d’ombre. Jamais.

Toi, cela fait bien longtemps que tu ne réchauffes plus rien. Plus rien du tout. Mais tu continues à te brûler la gueule avec ton alcool. A chacun ses soleils.

Mes amitiés à « tes amis ».

 

 

 

MASTROIANNI : « Avec Fellini, c’est une blague continuelle ! »

Marcello en 1976 ! Son incroyable simplicité, sa voix, son enthousiasme, son élégance morale…Voici 5mn d’interviews avec son lot de claques : sur les acteurs américains et sur « Holivoud » où « il n’y a même pas de merde par terre… »

Magnifique monsieur irremplacé